Sortie cinéma. En Europe, Malte n’est pas une destination majeure du tourisme et son cinéma est quasi inconnu. Pour remédier à cela, un joli petit film sort mercredi 30 septembre sur les écrans: LE CHANT DES OLIVIERS, empreint de nostalgie et de chaleur humaine.
Le Chant des oliviers est filmé de manière simple et sobre, mais dégage un charme qui n’est pas seulement dû aux couleurs et aux beaux paysages.
Le film met en scène Mar (Michela Farrugia), une jeune femme dont le rêve, comme beaucoup d’adultes de son âge, est de quitter l’île pour mener à l’étranger une vie meilleure. Elle est serveuse dans un bar et a repris le magasin de sa mère fleuriste, récemment décédée d’un AVC.
Celle-ci lui a légué trois terrains et, malgré l’opposition de ses trois oncles et tante, elle veut les revendre pour avoir l’argent qui lui permettra de partir. Mais elle ne sait pas où se situent exactement les propriétés, et n’a que les noms des localités où elles se trouvent: Zabbar, Zebbug et Zetjune.
Sur les routes de Malte
Dans un mariage où elle livre des fleurs, elle fait la connaissance de Nenu (Nenu Borg), un vieux chanteur devenu une légende pour son art de maîtriser le ghana, une musique traditionnelle locale qui se transmet de génération en génération. Il connaît tout le monde et se propose de l’aider à retrouver ces trois terrains.
Voici donc le vieil homme et la jeune femme, dans sa petite Toyota Aygo rose, sur les routes de Malte. Nenu, madré et provocateur, va faire découvrir à Mar, renfermée et renfrognée, des choses auxquelles elle voulait tourner le dos: la campagne et ses habitants, les traditions de l’île, ses propres racines, et ce fameux ghana auquel il va l’initier…
Deuxième film
« Dès les premières étapes de l’écriture, trois éléments s’imposaient à moi avec certitude: une jeune femme, un vieil homme et une voiture rose traversant la campagne. L’idée même de situer un road movie dans la minuscule île de Malte avait quelque chose d’absurde, ce qui m’a précisément donné envie de relever le défi », explique le réalisateur, Alex Camilleri, 41 ans, dont c’est le deuxième film.
D’origine maltaise, il s’est lui aussi exilé à New York où il a réalisé en 2021 son premier long-métrage, LUZZU, histoire d’un pêcheur traditionnel maltais qui plonge dans le marché noir pour subvenir aux besoins de sa famille.
Retour définitif à Malte
Puis après l’accueil favorable de ce premier film, sélectionné notamment au festival du film indépendant de Sundance, il a décidé de revenir vivre à Malte. « Partout où elle se rend, Mar se retrouve confrontée à son propre passé, comme si la fuite loin d’elle-même à laquelle elle aspire lui était sans cesse refusée. C’est une expérience qui m’est profondément familière », dit-il.
« Mon retour définitif à Malte m’a conduit à remonter les traces de mes parents, à rencontrer ceux qui avaient connu ma famille, à me comprendre d’une manière qui m’avait jusque-là échappé et à mesurer l’absence singulière laissée par leur départ de ces îles ».
Trottinettes électriques
Illustré d’images d’archives sur l’émigration des Maltais au fil des décennies, LE CHANT DES OLIVIERS est filmé de manière simple et sobre, mais dégage un charme qui n’est pas seulement dû aux couleurs et aux beaux paysages.
Il y a le beau côté de Malte, mais aussi ses immeubles, ses chantiers, ses poteaux télégraphiques en pleine campagne, ses touristes en trottinettes électriques. Mais, explique Alex Camilleri, « j’ai choisi de reléguer cette opposition entre modernité et tradition à l’arrière-plan du scénario et de la mise en scène. Elle demeure présente, mais sans jamais être soulignée avec insistance ».
Le vrai charme du film, illustrant le dialogue entre les générations et l’ouverture d’esprit aux choses et êtres inconnus, au-delà de la nostalgie et des souvenirs, est le duo que constituent les deux personnages principaux. Aux côtés de l’actrice maltaise Michela Farrugia, qui avait déjà joué dans LUZZU et dont le joli visage est ici souvent filmé en gros plan, le réalisateur a choisi un débutant de 82 ans, Nenu Borg.
Ghana, chant ancestral
Petit air de Tino Rossi, c’est un vrai chanteur de ghana, ce chant ancestral inscrit en 2021 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco et auquel le réalisateur rend hommage dans ce film. « À ma grande surprise », dit-il, « cette tradition n’est pas sur le déclin. Certes, beaucoup de ses interprètes sont âgés, mais j’ai pu souvent observer que les jeunes générations s’investissent dans cette pratique ».
Nenu Borg est sorti de sa retraite (il n’avait pas chanté depuis 15 ans) pour ses débuts au cinéma et ces scènes dans lesquelles deux chanteurs, sur un air de guitare et au milieu d’une foule qui les entoure, improvisent des répliques et se livrent à des joutes verbales pleines de provocations et d’humour –qui les conduisent parfois à en venir aux mains, comme dans l’étonnante première scène du film, lors du générique de début (et dont on voit un court extrait à la fin de la bande-annonce).
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Arrête de réfléchir. Eclaircis-toi l’esprit. Il doit être frais comme une laitue » (Nenu à Mar, en lui apprenant à chanter le ghana).
- Le Chant des oliviers (« Zejtune ») (Malte, 1h48). Réalisation: Alex Camilleri. Avec Michela Farrugia, Nenu Borg, Michael Azzopardi (Sortie 30 septembre 2026)

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