Black Keys : retour aux racines du blues américain sur « Peaches! »

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Black Keys : retour aux racines du blues américain sur "Peaches!". Photo pochette de l'album.

Toutes les musiques de We Culte. Vingt-cinq ans après leurs débuts, Dan Auerbach et Patrick Carney reviennent aux fondations de leur univers musical. Avec Peaches!, recueil de reprises de blues, de rhythm & blues et de rock’n’roll vintage, les Black Keys signent un disque profondément habité, né dans la douleur mais porté par une passion intacte pour les musiques qui ont forgé leur identité artistique.

Black Keys : Avec Peaches!, le duo poursuit cette passion jamais démentie pour les racines de la musique américaine. Ce nouvel opus est composé exclusivement de reprises de rhythm & blues, de blues rural et de rock’n’roll vintage


L’histoire des Black Keys est intimement liée au blues américain. Bien avant les succès mondiaux de Brothers ou El Camino, Dan Auerbach et Patrick Carney rendaient déjà hommage à leurs héros avec Chulahoma (2006), un mini-album de six reprises de Junior Kimbrough.

Quinze ans plus tard, ils revenaient aux sources avec Delta Kream (2021), un album consacré au hill country blues du Mississippi, reprenant notamment Junior Kimbrough, R. L. Burnside et John Lee Hooker.
 
Avec Peaches!, le duo poursuit cette passion jamais démentie pour les racines de la musique américaine. Ce nouvel opus est composé exclusivement de reprises de rhythm & blues, de blues rural et de rock’n’roll vintage.

Soient dix reprises empruntées à des artistes souvent restés à la périphérie de l’histoire officielle du rock : Willie Griffin, Levester Carter, Arthur Crudup, Jessie Mae Hemphill ou encore David Kimbrough Jr.
 
Derrière Peaches! se cache une histoire douloureuse. En 2024, alors que la tournée du groupe est annulée, Dan Auerbach doit affronter la maladie puis la disparition de son père Chuck, décédé en mars 2025.

Figure importante de son parcours artistique, il avait contribué aux premiers albums du groupe et nourri son amour pour l’art populaire américain.

C’est Patrick Carney qui va proposer à son ami de retourner à l’essentiel. L’idée est simple : enregistrer quelques chansons qu’ils aiment depuis toujours afin de retrouver le plaisir brut de jouer. Ces sessions improvisées deviendront finalement Peaches!.
 
 L’album apparaît ainsi comme le prolongement naturel de Delta Kream. Mais il se montre également beaucoup plus ambitieux que Chulahoma, enregistré à l’époque à deux avec des moyens limités.

Cette fois, les Black Keys sont entourés d’un véritable groupe : Eric Deaton à la basse, Kenny Brown à la guitare, Jimbo Mathus aux chœurs et aux claviers, Chris Saint Hilaire aux percussions et Cochemea Gastelum au saxophone alto. Certains morceaux accueillent même une section de cuivres qui enrichit l’ensemble.



Si ces chansons appartiennent au patrimoine du blues et du rhythm & blues, elles portent toutes une signature immédiatement identifiable. Celle des Black Keys : un blues-rock rugueux et minimaliste porté par des guitares saturées aux riffs hypnotiques, une batterie sèche et martelée et cette chaleur analogique héritée du blues du Mississippi, du garage rock et de la soul américaine.

Le groupe retourne naturellement vers ses maîtres de toujours avec deux reprises de Junior Kimbrough et un hommage à R. L. Burnside.

L’ouverture, « Where There’s Smoke, There’s Fire », enregistrée par Willie Griffin en 1984, donne immédiatement le ton. Relancée récemment par Paul Weller, la chanson trouve ici une seconde jeunesse.

Les cuivres soulignent le groove sans l’alourdir tandis qu’Auerbach chante avec une énergie communicative. Derrière lui, Patrick Carney fonce comme un bolide lancé sur l’autoroute du rock’n’roll.

« Stop Arguing Over Me » de Levester Carter poursuit dans cette veine avec un groove sec et efficace qui rappelle les premiers enregistrements du duo.

Avec « Who’s Been Foolin’ You », les Black Keys plongent dans les marécages du blues. Enregistré il y a plus de quatre-vingts ans par Arthur « Big Boy » Crudup, le morceau avait déjà été repris par Buddy Guy. Ici, le duo lui injecte une énergie brute impressionnante, renforcée par l’orgue menaçant de Jimbo Mathus.

« It’s a Dream » de Charles Fisher Jr. offre une parenthèse plus soul, portée par une ambiance moite et rêveuse.
Sur « Tomorrow Night », l’une des deux reprises de Junior Kimbrough, un riff tranchant et un chant presque saturé capturent parfaitement l’état d’esprit sombre et rugissant de Dan Auerbach.
  
Moment fort de l’album, « You Got to Lose » d’Ike Turner explose dans les enceintes. Plus intense encore que la version de George Thorogood, cette reprise impressionne par sa tension permanente.

Auerbach y chante avec une conviction bouleversante, nourrie par les épreuves traversées ces derniers mois. Au milieu du morceau, Carney accélère brièvement le rythme, créant une montée d’adrénaline particulièrement efficace.

Avec « Tell Me You Love Me », Jessie Mae Hemphill devient la seule femme représentée sur cette sélection. Son funk énergique est sublimé par une guitare slide incisive qui accompagne cette déclaration d’amour répétée comme une obsession.

L’adaptation de « She Does It Right » de Wilko Johnson surprend également. En 1975, le titre de Dr. Feelgood était un concentré d’adrénaline. Ici, le tempo ralentit, la basse ronronne et les Black Keys offrent une nouvelle lecture de ce classique du pub rock britannique.

« Fireman Ring the Bell » rend hommage à R. L. Burnside à travers un riff hypnotique et un son de guitare monumental qui évoque directement les collines du Mississippi.

Enfin, « Nobody But You Baby », seconde reprise de David Kimbrough Jr., clôt l’album avec majesté.

Pendant plus de sept minutes, les guitares de Kenny Brown, Jimbo Mathus et Dan Auerbach s’entrelacent dans une longue dérive hypnotique. Soutenu par les percussions de Chris Saint Hilaire, Patrick Carney ralentit considérablement le tempo, laissant toute la place à un Auerbach inspiré qui livre l’une de ses interprétations les plus habitées depuis longtemps.
 
À travers Peaches!, les Black Keys poursuivent un travail engagé depuis leurs débuts : celui d’une réappropriation contemporaine du blues rural américain. Les Black Keys ne cherchent pas à réinventer un répertoire mais à le faire résonner dans leur propre langage musical.

Ces dix reprises possèdent une véritable identité Black Keys, immédiatement reconnaissable entre puissance rock, authenticité blues et émotion.

Un album de transmission autant qu’un album de résurrection, dont on imagine déjà la force lorsqu’il prendra vie sur scène.
 
Jean-Christophe Mary

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