The Streets Salle Pleyel : l’art de raconter les vies ordinaires 

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The Streets Salle Pleyel :  l'art de raconter les vies ordinaires (c) Jean-Christophe Mary

Toutes les musiques de We Culte. Lundi 08 juin à la Salle Pleyel, Mike Skinner, cerveau du projet The Streets, a offert un concert aussi singulier qu’attachant. Entre hip-hop britannique, spoken word et récits de vie ordinaires, l’artiste a livré une prestation bien loin des codes et clichés habituels du rap contemporain et a confirmé qu’il demeure l’un des plus grands chroniqueurs du quotidien de sa génération.

The Streets Salle Pleyel : une prestation bien loin des codes et clichés habituels du rap contemporain

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The Streets, salle pleyel, entre hip-hop britannique, spoken word et récits de vie ordinaires (c) Jean-Christophe Mary


Depuis ses débuts au tournant des années 2000, Mike Skinner occupe une place singulière dans la musique populaire britannique.

Ni véritable rappeur au sens américain du terme, ni chanteur traditionnel, le créateur de The Streets s’est imposé comme un observateur attentif des classes moyennes anglaises, chroniqueur des existences ordinaires et des désillusions contemporaines. Son concert donné lundi soir à la Salle Pleyel a confirmé cette singularité.

Ce soir Mike Skinner apparait sans esbroufe, fidèle à lui-même. Chemise noire, pantalon Stone Island, allure décontractée, le Britannique affiche ce style urbain typiquement anglais qui rappelle ses origines de la classe moyenne britannique, celles qu’il raconte depuis plus de vingt ans dans ses chansons.

Il a choisi de nous livrer en intégralité les titres de A Grand Don’t Come for Free, son deuxième album paru en 2004.

Autour de lui, une formation impeccable (basse, batterie,  guitare,  claviers et deux choristes) donne vie à un répertoire devenu culte outre-Manche. Car Mike Skinner possède ce talent rare, celui de raconter des histoires auxquelles chacun peut s’identifier.



Chez lui, pas de démonstration d’ego ni de posture agressive. Ses chansons sont construites comme de courtes nouvelles où se croisent les thèmes qui nourrissent son œuvre depuis plus de deux décennies : les désillusions sentimentales, la solitude moderne, les excès de l’alcool, les maladresses relationnelles et ces petites défaites ordinaires qui composent la condition humaine.  

Mike Skinner se fait observateur du quotidien un peu à la manière d’un sociologue. On a pas à faire à un rappeur au sens où on l’entend lui est avant tout un narrateur.

Pendant le concert, la comparaison avec Eminem traverse l’esprit tant ces es deux artistes partagent ce goût du récit minutieux et de la narration. Mais là où l’Américain privilégie la virtuosité technique, les personnages outranciers et les accélérations verbales, Skinner choisit le réalisme, l’économie de moyens et la précision du regard.

Son débit lent, presque parlé, donne parfois l’impression qu’il converse avec le public plus qu’il ne rappe. La plupart des titres joués sur le second set proviennent de son premier album, Original Pirate Material.

Cette singularité constitue depuis toujours la marque de fabrique de son œuvre. Son hip-hop profondément britannique puise autant dans le UK Garage que dans le spoken word et les musiques électroniques. Les morceaux avancent comme des conversations mises en musique, des fragments de journal intime transformés en chansons.

La scénographie participe également à cette atmosphère particulière. Au centre de la scène, une cabane entourée de deux réverbères évoque un décor urbain cinématographique. Entre deux titres, Skinner dessine sur les vitres de cette construction tout en poursuivant ses récits.

À l’heure où nombre de concerts misent sur les écrans géants et se transforment en démonstrations technologiques, Mike Skinner rappelle qu’un artiste peut encore captiver une salle entière grâce à la seule force d’une écriture et d’une personnalité.

Une heure et demie durant, il a prouvé que l’on pouvait captiver une salle entière avec de simples mots. Une qualité précieuse, qui explique pourquoi, plus de vingt ans après ses débuts, sa voix demeure l’une des plus originales de la musique britannique contemporaine. Et en quittant Pleyel, une certitude s’imposait : Mike Skinner reste un artiste à part.

Jean Christophe Mary

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Jean-Christophe Mary