Toutes les musiques de We Culte /Alain Chamfort. Dimanche 15 mars, au Théâtre du Casino d’Enghien-les-Bains, Alain Chamfort a offert un spectacle singulier à mi-chemin entre récital et une conversation publique. L’élégant dandy de la chanson française revisitait cinquante ans de carrière dans un dispositif élégant et intime où chansons et souvenirs se sont entrelacés avec finesse.
Alain Chamfort : Avec Le Meilleur de moi-même, l’élégant dandy de la chanson propose une traversée sensible de son œuvre et de son parcours.
Ni tout à fait un concert, ni tout à fait un entretien public, Le Meilleur de moi-même est un dispositif singulier où la parole dialogue avec la musique. Dans un décor de salon feutré, fauteuil club et lampe art déco, le chanteur déroule le fil de sa trajectoire artistique en répondant aux questions de mené par sa complice Valli, chanteuse et animatrice franco-américaine.
Entre deux confidences, les chansons surgissent dépouillées dans un écrin piano voix qui en révèle la fragilité et l’élégance. Toujours avec cette fragilité, cette retenue et cette ironie discrète qui sont sa signature.
Lorsque les lumières s’éteignent au Théâtre du Casino d’Enghien, la scène accueille trois silhouettes : Alain Chamfort, au chant et au clavier, Vincent Bidal au piano et Valli. Le spectacle s’ouvre par deux titres emblématiques, « Exister » et « Manureva » avant que le chanteur ne rejoigne un fauteuil pour entamer cette conversation publique qui constitue l’ossature du spectacle.

Dans ce dispositif original, Valli connue notamment pour son aventure au sein du groupe Chagrin d’Amour, joue le rôle d’intervieweuse complice. Elle agite un sablier géant pour symboliser le temps qui passe : « En une heure trente, explique-t-elle avec sourire, il faudra parcourir cinquante années de carrière ».
Avec humour et spontanéité, elle guide le récit, relance les souvenirs, provoque parfois l’improvisation. « Le nom du spectacle s’appelle Le Meilleur de moi-même, donc on va raconter le meilleur de toi-même lance-t-elle. Et Chamfort de rétorquer : » Si on peut éviter de parler du pire de ça m’arrangerait ».
Rires dans le public. « Les questions ne seront pas toujours les mêmes », glisse Chamfort avec malice, rappelant que l’échange doit rester vivant. À ses côtés, Vincent Bidal accompagne chaque chanson avec un jeu subtile, délicat, donnant aux titres une dimension fragile et presque confessionnelle.
La conversation commence par les années de formation. Alain Chamfort évoque son enfance à Ermont (95), ses premiers cours de piano chez sa marraine à Bourges puis à l’école de musique d’Enghien-Les-Bains (95).
Très vite viennent les premiers groupes à Argenteuil (95), notamment les Mods. Repéré par le label Vogue, il devient pianiste pour Jacques Dutronc, joue sur les premiers enregistrements et l’accompagne deux ans en tournée, avant qu’une autre rencontre décisive ne change son destin : Claude François.
C’est lui qui transforme Alain Le Govic en Alain Chamfort et lui offrira ses premières opportunités au sein du label Flèche. L’artiste raconte avec humour cette période d’apprentissage où il écrit, compose et enregistre dans un petit local mis à disposition par le chanteur. Un travail acharné et d’observation attentive dans un univers musical alors en pleine mutation.
Une fois ces débuts évoqués, la conversation trouve son véritable fil conducteur : les auteurs qui ont accompagné Chamfort tout au long de sa carrière. Les anecdotes s’enchaînent autour de ces paroliers qui ont façonné son univers musical.
D’abord Serge Gainsbourg, avec qui il signe deux albums marquants, dont Rock’n Rose. Chamfort évoque les sessions d’enregistrement à Los Angeles, entouré de musiciens américains fascinants par leur précision — parmi lesquels les frères Jeff, Steve et Mike Porcaro, futurs membres du groupe Toto.
Il évoque les textes ciselés de Gainsbourg, dont le mythique « Manureva », hommage au navigateur Alain Colas et l’humour vachard de celui qui le rebaptise « Chamfaible ».
Le chanteur évoque aussi sa rencontre avec le jeune pianiste David Foster encore inconnu à l’époque qui deviendra plus tard l’un des producteurs les plus influents de la pop internationale.
Les anecdotes se succèdent, mêlant souvenirs d’enregistrements et rencontres marquantes, comme sa participation aux chœurs sur l’album Hollywood de Véronique Sanson.
Mais l’histoire ne se limite pas à Gainsbourg. Chamfort raconte aussi ses collaborations avec Philippe Bourgoin, coauteur de plusieurs chansons et complice de longue date. Ensemble, ils participent notamment à l’écriture du tube « Chacun fait (c’qui lui plaît) », succès fulgurant de Chagrin d’Amour.
Valli se souvient alors avec humour de leur rencontre au début des années 1980 et de la chanson « Je m’appelle Valli », née d’une confusion récurrente sur la prononciation de son prénom.
Au fil de la soirée apparaissent également d’autres signatures importantes comme Jacques Duvall ou Didier Golemanas, chacun ayant contribué à construire l’esthétique singulière de Chamfort — un mélange de pop raffinée et de mélancolie élégante
Entre deux confidences, la musique reprend ses droits. « Traces de toi », « La Fièvre dans le sang », « Sinatra et moi » ou « Chasseur d’ivoire » retrouvent une intensité particulière dans cette formule juste piano voix.
L’un des moments les plus marquants survient lorsque Chamfort évoque son album consacré à Yves Saint Laurent et interprète au piano « À la droite de Dior », portrait délicat du jeune couturier aux côtés de Christian Dior.
La soirée s’achève avec « Souris puisque c’est grave » et trois titres plus récents écrits avec Pierre-Dominique Burgaud dont le magnifique « Les Microsillons » et deux autres issus de son dernier album L’Impermanence,. « Par inadvertance », « La Grâce ». Des titres qui témoignent d’une inspiration intacte et d’une exigence musicale qui n’a jamais quitté l’artiste.
Avec Le Meilleur de moi-même, Alain Chamfort propose une traversée sensible de son œuvre et de son parcours. En mêlant conversation et chansons, il esquisse en filigrane l’histoire d’une certaine chanson française, faite de collaborations, de rencontres et d’élégance mélodique.
En quittant la salle après près d’une heure quarante de souvenirs et de musique, le public repart conquis et enchanté par cette conversation musicale touchante et pleine d’émotion.
Merci à Blandine Harmelin, Norma Le Guillerm et aux équipes du Casino Barrière d’Enghien-les-Bains pour leur accueil toujours aussi chaleureux.
Jean Christophe Mary
- Avec : Alain Chamfort (Chant / Clavier) Valli (Interview) du groupe Chagrin d’Amour, Vincent Bidal (Piano), Emmanuel Noblet (direction artistique), Sébastien Tomaszenska (régie et son) et Nicolas Sauval (Lumière).





