Télé. « L’Homme du train » raconte la rencontre insolite entre un homme, descendu d’un train dans une petite ville de province, et un professeur de lettres, qui vont se parler, s’estimer et regretter, chacun, de ne pas avoir été l’autre. Le film montre le face-à-face entre Johnny Hallyday, truand, et Jean Rochefort, enseignant, dans ce polar intimiste de Patrice Leconte. NOTRE AVIS **** : Johnny et Rochefort au sommet de leur art, de leur carrière, chacun dans un rôle inattendu. Vendredi 27 mars sur France 5 -21:05.
« L’Homme du train »: Chez Patrice Leconte, le héros prend une « micheline » pour voyager. Il a la migraine comme tout le monde aujourd’hui.
L’HISTOIRE
Au début, dans la petite gare d’ une petite ville, le soir, un homme descend d’une « micheline » en quête d’une pharmacie pour y acheter de l’aspirine. Il ne porte qu’un gros sac sur l’épaule. Il est buriné, l’air taciturne…. Dans la pharmacie, il rencontre un autre homme venu y acheter un médicament pour les insuffisances cardiaques.
Le premier cherche une chambre d’hôtel, le second lui offre de dormir chez lui. Il est professeur de français, à la retraite, vit dans une villa, vieille et mal entretenue. L’homme du train, Milan, un brin cynique, et le professeur, bavard, Manesquier, entament une relation oscillant entre fascination et amitié…. Mais Milan n’est venu que pour braquer la banque locale. Il attend ses complices et c’est pour dans trois jours….
NOTRE AVIS ****
La mise en scène rigoureuse de Patrice Leconte sied parfaitement à Johnny Hallyday, dans le rôle d’un méchant, face à Jean Rochefort, parfait « distrait », qui rêve seulement d’une vie plus aventureuse. Mais ils sont, de fait, complémentaires, et préfigurent déjà la société de demain, des hommes ou femmes qui vivent une vie banale tout en rêvant secrètement d’une existence héroïque.
Johnny Hallyday a reçu le prix Jean Gabin pour son rôle et « L’Homme du train » a été élu meilleur film étranger aux Etats-Unis en 2003 (Los Angeles Film Critics Association Awards).
Avec « L’Homme du train », Patrice Leconte s’éloigne de Melville, avec ses héros fatigués et leur mort homérienne, du film noir américain (« Le Faucon maltais », « Plus dure sera la chute » avec Bogart, ou plus proche de « Heat » où De Niro et Pacino, bien qu’opposés s’admirent). On est dans une vie, une mort ordinaire. Et c’est cette vie/mort poussive qui marque la fin du mythe.
Les films des années 2000 voient la fin de figures emblématiques. S’en est fini de Gabin, Ventura, Belmondo, Montand, Delon, même si ce dernier a persisté dans l’héroïsme au cinéma. Comme était fini Bogart bien avant.
Chez Patrice Leconte, le héros prend une « micheline » pour voyager. Il a la migraine comme tout le monde aujourd’hui. Le cinéma devient le reflet exact de son époque : dès la années 2000, il ne faut plus rêver mais sourire, aux terrasses, en famille ou entre voisins, être ensemble, bienveillants. Les films seront de mêmes, histoires banales, vies banales, distractions banales.
Le réalisateur a parfaitement capté le changement de société opéré depuis le début des années deux mille. Ici le véritable héros est le professeur, simple, ayant une vie morne, qui rêve de quelque chose de plus héroïque, une vie tumultueuse, avec des rebondissements, celle de Milan (Johnny Hallyday).
Ce dernier admire sincèrement l’érudition qui émane de ce prof gris mais sympathique. Seulement ils ne sont pas et ne pourront plus être l’autre. Milan est dangereux pour la société, pour lui-même, Manesquier (Jean Rochefort) est plein de bonne volonté pour changer mais son corps et son cœur ne lui permettent plus d’être Milan.
Et la trame descend doucement vers le drame. Il fallait tout le talent du cinéaste, de Rochefort et de Hallyday pour sublimer la banalité de leur histoire. Le réalisateur renouait ainsi avec le thème de la solitude comme dans « Monsieur Hire » avec Michel Blanc.
Jane Hoffmann
- « L’Homme du train » de Patrice Leconte (2002) avec Jean Rochefort, Johnny Hallyday, Jean-François Stévenin. Vendredi 27 mars surFrance 5 -21:05.





