« Lettres d’amour de ma grand-mère »: les secrets d’un amour oublié

lettres d'amour de ma grand-mère
"Lettres d'amour de ma grand-mère" : Pendant des décennies, la Chinoise Ye Sogriu (Wu Shaoqing) a reçu des lettres et des mandats que son mari lui envoyait depuis la Thaïlande (©Trinity Films).

Sortie cinéma. Ainsi les Chinois seraient des êtres humains comme les autres, comme vous et moi, avec parfois un cœur de midinette capable de fondre devant des films bourrés d’émotion et de bons sentiments. C’est ce qui explique le succès phénoménal depuis le printemps, dans les cinémas de l’Empire du Milieu, du film familial, historique et mélodramatique LETTRES D’AMOUR DE MA GRAND-MÈRE, sur les écrans français mercredi 2 septembre.

« Lettres d’amour de ma grand-mère » : le film est teinté d’émotion et de mélo, et illustre les thèmes de la séparation, du sacrifice, de la résilience, de la solidarité, des liens familiaux, des souvenirs et de l’amour qui défie le temps qui passe.

Sans aucune star du box-office et tourné avec des acteurs non-professionnels, sans campagne promotionnelle massive, sans effets spéciaux ni intelligence artificielle, ce film au petit budget (2 millions de dollars) sorti pendant les vacances du 1er mai en Chine, puis en Asie du Sud-Est et en Australie, a rapporté 300 millions de dollars grâce à un bouche-à-oreille qui s’est répandu comme un virus de pangolin.

Émigré en Thaïlande

L’histoire évoque les émigrés chinois partis à l’étranger pour aider financièrement leurs familles restées au pays. Dans leur petit village du sud-est de la Chine, Sogriu et Den (Wang Xiaohui et Wang Yantong) se sont connus à 17 ans, dans les années 40. Elle était d’une famille aisée, il était pauvre. Ils se sont mariés et ont eu trois enfants.

Mais pour nourrir sa famille, Den a émigré en Thaïlande quelques années plus tard. Puis a envoyé des lettres et des mandats pendant une quarantaine d’années, sans jamais revenir.

Secrets

Quand Hiou-ui (Zheng Runqi), le petit-fils de Den et de Sogriu, criblé de dettes, découvre les lettres envoyées par son grand-père à sa grand-mère, il décide de partir à sa recherche en Thaïlande, pensant qu’il y est devenu millionnaire.

Là-bas, son enquête va révéler des secrets et des événements jusqu’alors inconnus, loin de ce que sa famille avait imaginé. Notamment la relation de son grand-père avec une autre immigrée chinoise, Zia (Li Sitong), qui l’a aidé à vivre à Bangkok et à envoyer ses lettres et mandats à sa femme restée au pays…



Qiaopi

Le film met l’accent sur les lettres et mandats envoyés par la diaspora chinoise du 19e au début du 21e siècles: les « qiaopi », collections de documents regroupant des « lettres, rapports, livres de compte et bordereaux de paiement » résultant des échanges entre les émigrés chinois vivant à l’étranger et leurs familles résidant en Chine.

Il en existe plus de 160.000 pièces retrouvées et conservées et, en 2013, les archives des qiaopi ont été inscrites par l’UNESCO au registre international de la Mémoire du monde.

Teochew

Le réalisateur du film, Lan Hongchun, 41 ans, a enquêté dans plusieurs pays d’Asie du Sud-Est (Thaïlande, Vietnam, Malaisie, Philippines) sur les communautés d’immigrés chinois et s’est aussi inspiré des histoires de famille entendues lors de son enfance. « Derrière cette histoire (…), il existe de nombreux modèles réels. Les événements du film sont une fiction, mais les matériaux qui ont nourri l’histoire viennent tous de récits authentiques recueillis sur le terrain », dit-il.

C’est son troisième long métrage, tourné en dialecte teochew, que 95% des Chinois ne comprennent pas (le film a été sous-titré en chinois commun). Le terme désigne aussi un groupe ethnique originaire de la région de Chaoshan dans la province du Guangdong en Chine (sud-est du pays, juste au nord-est de Hong Kong), que promeut le réalisateur dans ses films.

Poésie et humour

Dans ces LETTRES D’AMOUR DE MA GRAND-MÈRE et sa reconstitution du Chinatown de Bangkok des années 50 s’instillent un peu de nationalisme et de fierté historique des Chinois, avec des personnages thaïs qui n’ont pas toujours le beau rôle (menteurs, cupides, cruels, corrompus), tout comme certains immigrés indiens (affairistes et fourbes, qui mettent le feu à un hôtel pour le racheter).

Mais le film est globalement sympathique et agréable, candide et simple, avec une bonne dose de poésie et parfois d’humour.

Il est régulièrement teinté d’émotion et de mélo, en illustrant les thèmes de la séparation, du sacrifice, de la résilience, de la solidarité, des liens familiaux, des souvenirs. Et bien sûr de l’amour qui défie le temps qui passe: « L’amour est la plus grande dette au monde », comme le dit Den à un moment.

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Le Siam n’a pas de printemps, mais tu es mon printemps » (Den à Sogriu, dans une de ses lettres).

  • LETTRES D’AMOUR DE MA GRAND-MÈRE (« Gei A Ma de Qing Shu »/ »Dear You ») (Chine, 1h58). Réalisation: Lan Hongchun. Avec Li Sitong, Wang Yantong, Wu Shaoqing (Sortie 2 septembre 2026).

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