Expositions/Lyon. Trois expositions importantes sont proposées à Lyon cet automne, très différentes dans la forme comme dans le fond. Robert Doisneau, Instants Donnés, d’abord, à La Sucrière, une évidence qu’on admire en toute spontanéité tant on connaît déjà le photographe. Mais l’exposition a fait le choix de nous montrer des facettes moins connues de son métier. Le Musée des Beaux-Arts, avec son Musée sentimental dévoile la dimension de collectionneur chez de nombreux artistes, une facette méconnue qui raconte une dimension importante de l’histoire de l’art. Quant à la Biennale d’Art Contemporain, elle nous entraîne dans un parcours où l’on cherchera, avec plus ou moins de difficultés, la ligne directrice voulue par sa commissaire Catherine Nichols, qui s’inspire, dit-elle, des surprenantes traboules lyonnaises pour «Passer d’un rêve à l’autre».
Lyon présente trois expositions importantes cet automne, très différentes dans la forme comme dans le fond. Trois façon de regarder l’art.

Robert Doisneau, Instants Donnés à La Sucrière
Après le Musée Mayol à Paris et Liège, c’est La Sucrière qui accueille à Lyon Robert Doisneau. Instants Donnés, une rétrospective consacrée au photographe. Plus de 400 clichés, allant de ses débuts dans les années 1930 jusqu’à la fin de sa carrière, nous le montrent sur ses terrains d’action favoris que sont les enfants, les portraits d’artistes et d’écrivains, les ambiances de rue et de bistrots.
Mais on y admire aussi un photographe socialement engagé aux côtés des mineurs de fond en 1945 puis dans les banlieues ouvrières des années 80. On découvre également son travail de commandes pour la presse et même la publicité. L’exposition de La Sucrière bénéficie également d’une série réalisée à Lyon pour le magazine Vogue en 1950.
Cette exposition offre donc l’occasion de mieux connaître ce grand professionnel sous toutes les facettes de son métier. Elle nous permet également de saisir les particularités et les contraintes du métier de photographe, contraintes que Robert Doisneau a réussi à sublimer pour devenir un artiste mondialement admiré. Et l’audio-guide nous permet même d’écouter Doisneau s’exprimer sur une trentaine de ses photos.

Musée sentimental au Musée des Beaux-Arts
Le Musée des Beaux-Arts et le Musée d’art contemporain de Lyon, associés au Centre Pompidou, présentent Musée sentimental, une exposition qui met en valeur la pratique de la collection chez les artistes et son intégration à leur démarche créative, une dimension tout à fait importante de l’histoire de l’Art du 20e siècle.
C’est l’occasion de retrouver des œuvres majeures et rarement prêtées de la collection du Centre Pompidou comme l’étonnant Magasin de Ben (1958-1973), à l’origine une véritable boutique créée à Nice, qui est devenue ensuite au Centre Pompidou une sorte de sculpture évolutive accumulant écritures et objets les plus divers.
La reconstitution fidèle du célèbre Mur de l’atelier d’André Breton (1922-1966) réunit toutes sortes d’objets et de tableaux rassemblés par le poète dans une sorte de condensé du surréalisme.
Le macLYON qui fut le premier à l’inviter en 2022 pour une exposition personnelle expose des œuvres de Sylvie Selig,. Pour cette évènement ont été retenues notamment des pièces d’une série fantastique avec ses magnifiques sculptures-personnages.
Le Musée des Beaux-Arts de Lyon propose de son côté Hotel Andromeda de Joseph Cornell, une sorte de cabinet de curiosités en miniature que l’artiste définissait comme de petits « théâtres de mémoire ».
Au total, c’est une soixantaine d’artistes et de collectifs des 20e et 21e siècles qui sont présents dans cette exposition et on y relève en particulier les noms de Ben, Christian Boltanski, André Breton, Joseph Cornell, Philippe Droguet, Marcel Duchamp, Étienne-Martin, André Masson, Annette Messager, Jean-Luc Moulène, Sylvie Selig, Daniel Spoerri, Henri Ughetto.
Un livre présentant cette exposition met en valeur la riche contribution qu’elle peut apporter à l’histoire de l’art. Les visiteurs pourront bénéficier d’un audio-guide d’un intérêt majeur réalisé par les initiateurs de cet événement. Le musée propose également des visites guidées qui seront certainement très enrichissantes pour tous les visiteurs.

Passer d’un rêve à l’autre avec la Biennale d’Art Contemporain
Ce titre de la 18e édition de la Biennale d’art contemporain s’inspire, nous dit-on, des traboules lyonnaises, ces passages traversant cours et immeubles, « pour interroger la manière dont on passe d’une perception à une autre, d’un rêve collectif à un autre ».
Pour l’écrivaine et historienne de l’art, Catherine Nichols, commissaire de l’exposition, Lyon deviendrait le point de départ d’une réflexion sur l’économie poétique théorisée par l’artiste et poète Robert Filliou car elle «s’attache ainsi à ces moments où l’évidence du présent se fragilise et où d’autres imaginaires deviennent possibles. »
Parmi plus de 120 artistes invités, originaires d’une quarantaine de pays, on retiendra celui de la française Laure Prouvost, de la palestinienne de Gaza Yasmeen Al Daya, du malgache Joël Andrianomearisoa, du français Pol Taburet et de la néerlandaise Mette Sterre dont l’installation est sans doute un des points forts de l’exposition aux Grandes Locos.
Un large panel d’artistes en provenance du Pacifique et plus spécifiquement d’Australie et de Nouvelle-Zélande élargit la dimension internationale de l’évènement..
Installée dans plusieurs sites majeurs de la métropole lyonnaise, la Biennale prend une dimension industrielle et monumentale aux Grandes Locos. Elle investit exceptionnellement le Musée des Tissus et retrouve une place privilégiée au Musée d’Art Contemporain.
On l’aperçoit de façon très discrète dans les Pentes de la Croix-Rousse mais aussi dans le Jardin du musée des Beaux-Arts, à l’Institut d’art contemporain, au Musée des Confluences ou à la Fondation Bullukian, ainsi que dans des espaces publics comme un parking ou une station de métro.
La Biennale en territoires a permis de réaliser 500 projets artistiques dans la région Auvergne-Rhône-Alpes, tandis que la scène émergente trouve sa place au sein de la Biennale grâce à la Jeune Création Internationale installée à l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne.
Yves Le Pape
- Robert Doisneau, Instants donnés, La Sucrière, jusqu’au 28 février 2027
- Musée sentimental, Musée des Beaux-Arts, jusqu’au 14 mars 2027
- Biennale d’Art Contemporain, jusqu’au 13 décembre 2026





