Arles : quand l’art refuse de rentrer dans le rang

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Arles : affiche de l'exposition "Suspects" à la Fondation Van Gogh/DR

Arles/Expositions. Aller aux Rencontres de la photographie à Arles ? Oui, mais n’oubliez surtout pas les musées et les fondations d’artistes. Parmi toutes les tentations arlésiennes, les expositions Le Passage de Vénus au Musée départemental Arles antique et Suspects à la Fondation Van Gogh nous ont marqués par leur exceptionnelle qualité pour raviver s’il en est besoin notre appétit d’histoire de l’art.

Arles : Les artistes exposés ici, affirment, en étant à contrecourant et donc souvent en danger, leur propre vision du monde. Leur angle de vue particulier, leur impertinence nous fait du bien, nous repose des fadeurs obligées

Pendant les Rencontres de la photographie, l’ambiance d’Arles, c’est un dédale d’images partout, des murs parfois décatis recouverts de collages bigarrés, c’est un pastis entre deux expositions étonnantes ou dérangeantes ou si belles qu’on reste bouche bée, ou agaçantes même.

Ce foisonnement rassure en nos temps de disette, quand tant d’efforts se conjuguent et s’additionnent pour réveiller de l’atonie culturelle, dans la gaîté collective d’un été au bord du Rhône.

C’est Lucien Clergue, photographe arlésien, qui a initié les Rencontres de la photographie en 1970 et depuis, progressivement, le festival est devenu un rendez-vous annuel incontournable.

Dans son sillage, Maya Hoffman, mécène amoureuse de la Camargue, a créé LUMA Arles dans les anciens ateliers SNCF pour en faire un centre d’art contemporain avec désormais comme pôle d’attraction la célèbre tour de Frank Gehry.

Prises dans la contagion, des fondations d’artistes se sont éparpillées au fil des ans dans la ville pour enrichir encore les propositions artistiques et culturelles. C’est le cas de la Fondation Jean-Marc Bustamante récemment installée dans l’ancienne église Sainte-Croix restaurée par Charles Zana. L’artiste coréen Lee Ufan a lui aussi été conquis par Arles et a ouvert sa fondation en 2022 à l’hôtel Vernon.

Mais le musée départemental Arles antique donc et l’exposition Le passage de Vénus, organisée en partenariat avec le Louvre, qui nous fait vivre de bien belles surprises.

Certes, dans un tel lieu, on découvre rassemblées des sculptures antiques remarquables autour de la fameuse Vénus d’Arles, mais le parcours prend à contrepied et ouvre à une confrontation d’œuvres inattendues, de toutes les époques, parfois déjà connues, souvent contemporaines et qui sont mises en perspective avec brio sur le thème du pouvoir de la beauté et de l’amour.

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Arles musée antique : Wim Delvoye Twisted Vénus and Adonis 2024/ Photo Marie Raynal

On s’amuse, on s’étonne, on reconnaît ou on apprend, bref, dans la moiteur arlésienne, on se réjouit de revoir là un portrait d’Orlan, ici une nana de Niki de Saint Phalle, pour ensemble célébrer et rajeunir Vénus-Aphrodite, reine de la beauté et des plaisirs, qui, elle, trône en majesté accompagnée d’autres anciennes ou modernes dans une muséographie remarquable.

Plus loin, on tombe ainsi sur le mur-papier peint d’Annette Messager, intitulé À mon désir qui célèbre avec force et humour, autour de l’utérus triomphant, le cycle de la vie, de la liberté et de la fertilité. Réjouissant au possible.



Et que dire du talent de Wim Delvoye qui réinvente le mythe, en tordant de plaisir Vénus et Adonis, enlacés avec son Twisted Adonis et Vénus.

Beaucoup de surprises aussi avec Suspects à la Fondation Van Gogh, exposition qui mérite elle aussi une visite prolongée.

Quelle brillante idée, que nous devons au talentueux critique d’art et curateur Jean de Loisy, de consacrer une exposition aux artistes qui, comme Van Gogh en son temps, ont été ou sont encore marginalisés car détonants, anticonformistes, révoltés contre les règles du jeu du monde de l’art ou de celui de notre monde injuste et violent.

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Arles, Fondation Van Gogh : Bras d’honneur 2003. Photo Mari Raynal

Oui, ils sont suspects ceux qui mettent à mal les conventions, font un bras d’honneur au conformisme comme Walter Swennen (Bras d’honneur 2003) transgressent, refusent de se soumettre aux dictats.

Les artistes exposés ici, affirment, en étant à contrecourant et donc souvent en danger, leur propre vision du monde, leur angle de vue particulier sur le réel sans s’occuper du bon goût ou de la morale, et leur impertinence nous fait du bien, nous repose des fadeurs obligées.

Van Gogh, d’abord qui avec son Crâne de squelette fumant une cigarette pulvérise l’art académique dans un pied de nez magistral tout en démontrant son immense talent. Jacques Lizène, par exemple, avec le Grand mur à la matière fécale, dérangeant, drôle et étonnamment beau.

La dissidence plutôt que la mesure. Maurizio Cattelan lui aussi rit jaune. Il disparaît même à la fin de l’exposition faussement pendu.

Beaucoup ricanent devant l’œuvre de cet artiste, moquent sa fameuse banane scotchée sur un mur, mais pris au piège des apparences, ils ignorent la profondeur du discours à la fois provocateur, jouissif et qui semble nous dire : et alors ? Allez-vous faire voir, oui je suis irrévérencieux, oui un imposteur ? Peut-être ? So what ? Réfléchissez, ouvrez vraiment les yeux sur ce qui nous entoure, regardez pour de bon ce que je crée…

Suspects, nous aussi avons envie de l’être en sortant songeurs de cette exposition.

Marie Raynal

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Marie Raynal