« Rochebrune » : un roman-tempête signé Sophie Divry

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"Rochebrune" : un roman-tempête signé Sophie Divry. © Photo Bénédicte Roscot

Rentrée littéraire 2026/ « Rochebrune ». Première chronique d’une rentrée littéraire qui s’annonce riche ! Avec « Rochebrune » Sophie Divry nous embarque dans les pas d’une famille recomposée qui part en vacances à la montagne. Leur séjour va virer au drame. Un roman-tempête où l’intime et le climat se répondent, se percutent, et finissent par se fracasser ensemble.

Rochebrune de Sophie Divry : il y a dans ce livre une riche palette. On y rit, on y tremble et on le referme un peu sonné, comme après une tempête.

« Rochebrune » de Sophie Divry

On s’en doute, les familles recomposées doivent affronter un double défi, surtout si chacun des partenaires a des enfants issus de sa première union. C’est le cas d’Isabelle et de Xavier. « Elle était divorcée ; il était divorcé. Il avait un fils de sept ans, elle une fille de quatorze. »

Au début du roman, on retrouve Isabelle et Xavier en train d’essayer de fixer une date pour les vacances de la Toussaint. Un exercice périlleux, qui doit tenir compte de leurs plannings respectifs, mais aussi de ceux des ex. Mission accomplie : direction Rochebrune, village des Alpes, dans la Citroën Berlingo familiale. Isabelle appréhende ce séjour.

Face à Léon, hyperactif et anxieux, elle occupe une place bancale, celle de belle-mère qui n’a pas son mot à dire mais qui « est en position d’éducatrice, et qui voit tout ». Pourtant, le trajet se passe sans cris. Noémie dans ses AirPods, Léon plongé dans un livre sur le système solaire : le calme avant la tempête.

Car l’arrivée au chalet change tout. La météo se dégrade, la logistique grince, et surtout, Xavier décide de partir crapahuter en montagne avec son copain Jérémie, laissant à Isabelle la charge d’Halloween avec les enfants.



Sophie Divry excelle à documenter cette course en altitude, tout comme la catastrophe qui suit : on sent qu’elle est allée arpenter elle-même ces parois, et ça se lit dans chaque page.

Malgré les craintes d’Isabelle, la soirée d’Halloween se déroule bien. Léon adore tout : les déguisements, les rues, les bonbons, « même la pluie ». Répit de courte durée.

La pluie redouble, les digues cèdent, un glissement de terrain force Isabelle et les enfants à fuir le chalet inondé pour se réfugier chez une voisine. Pendant ce temps, elle prie pour que Xavier et Jérémie restent sagement à l’abri, là-haut. La nature déréglée, elle, n’attend personne.

Ce qui frappe, c’est la profondeur donnée à chaque personnage. Isabelle, Xavier, Noémie, Léon : tous méritent d’être appelés protagonistes.

L’autrice construit son roman en trois parties, « La réservation », « Le pic de la purge », « La sorcière », qui imposent un rythme implacable. On tourne les pages comme on grimpe une paroi : sans pouvoir redescendre.

Le style, lui, est un vrai régal d’oreille. Chaque personnage a sa langue. Léon parle en enfant terrifié et émerveillé. Noémie se tait dans ses écouteurs. Isabelle observe, juge, se juge elle-même, avec une ironie mordante.

Et Jérémie, le montagnard, abrège tout : « condis » pour conditions, « quali » pour qualité, « hard » pour difficile — « comme si le monde, bro, était trop prise de tête pour qu’on y ajoute des mots de trois syllabes ». Cette polyphonie donne au roman une vitalité rare, drôle et grinçante à la fois.

Sophie Divry continue à nous régaler, roman après roman. Après La Condition pavillonnaire (Prix Wepler), Trois fois la fin du monde (Prix de la Page 111) ou Fantastique histoire d’amour, elle confirme avec Rochebrune qu’elle compte parmi les observatrices les plus aiguisées de notre époque anxieuse.

Car il y a dans ce livre une riche palette. On y rit, on y tremble et on le referme un peu sonné, comme après une tempête.

Henri-Charles Dahlem


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A propos de l’autrice

Sophie Divry © Photo Bénédicte Roscot

Née à Montpellier en 1979, Sopbie Divry vit actuellement à Lyon. Elle est l’autrice d’essais et de sept romans parmi lesquels La Condition pavillonaire (2014), mention spéciale du prix Wepler, Trois fois la fin du monde et Fantastique histoire d’amour, prix France Télévisions et prix France bleu/ Page des libraires en 2024. (Source : Éditions Actes Sud). (Source : Éditions Actes Sud)


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Henri-Charles Dahlem