« Une affaire turque »: un avocat pris au piège de ses origines

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"Une affaire turque" : Le jeune avocat d'origine turque Mathieu Duman (Lionel Erdogan, à droite) est promis à un bel avenir au sein du cabinet dirigé par son patron Claude Delval (Charles Berling) (©Les Films du Clan/Paname Distribution).

Sortie cinéma. Fils d’immigrés turcs, un avocat bien intégré dans la société française voit sa carrière menacée quand il est rattrapé par ses origines et sa communauté: c’est la trame d’un thriller politique et social au suspense bien ficelé, UNE AFFAIRE TURQUE (mercredi 12 août sur les écrans).

Une affaire turque : Le film n’en rajoute pas sur ses aspects social ou politique, c’est d’abord un thriller, au suspense savamment construit, bien rythmé dès le début.

Arrivé en France avec ses parents sans-papiers quand il était enfant, Mustafa Duman a changé son prénom en Mathieu (Lionel Erdogan) pour ses études et est devenu un brillant avocat d’affaires dans un cabinet dirigé par son patron Claude Delval (Charles Berling). Mathieu est célibataire, sportif, efficace dans son travail: ses compétences lui laissent entrevoir une belle carrière comme futur associé de Delval.

Il va rarement rendre visite à sa famille (parents, oncles, sœur, neveux), installée à Villiers-le-Bel en grande banlieue nord de Paris, et tous sont fiers de sa réussite. Mais sa sœur lui reproche de s’être éloigné de sa communauté. Et lui demande un service: défendre un jeune chauffeur de taxi d’origine turque comme lui, Abdullah (Metehan Aygün), qui s’est fait agresser dans les beaux quartiers parisiens par un client raciste puis s’est fait virer par son patron.

Arrangement financier

L’agresseur est le neveu d’un ancien ministre de l’Intérieur et assistant parlementaire d’un député européen. Abdullah possède une vidéo de l’agression et veut porter plainte. Mais Mathieu lui propose un avantageux arrangement financier, et pour cela approche le parti politique de l’agresseur –par ailleurs indirectement en lien d’affaires avec son cabinet d’avocats…

Abdullah accepte, dans un premier temps. Puis change d’avis: il refuse la grosse somme d’argent négociée par Mathieu, et veut aller devant la justice. Pour Mathieu, qui s’est déjà compromis dans l’affaire et ne peut faire machine arrière, l’étau va se resserrer au fur et à mesure de ses mensonges, ses arrangements, ses trahisons…

En partie autobiographique

Après une quinzaine d’années de courts-métrages qui évoquaient souvent la communauté turque en France et les relations père-fils, UNE AFFAIRE TURQUE est le premier long-métrage de Hüseyin Aydin Gürsoy, 38 ans, arrivé en France à trois ans, naturalisé français à 21 ans, et dont la vie ressemble à celle de son personnage principal.



« Avec Une affaire turque, et à travers mon personnage de Mathieu, je raconte une expérience qui résonne avec la mienne: celle d’un enfant turc arrivé en France et ayant grandi avec sa famille dans une communauté d’immigrés », explique-t-il. « Tout comme mon personnage, j’ai poursuivi des études au cours desquelles j’ai changé de prénom pour faciliter mon avenir professionnel. Ce choix a créé une distance inévitable avec mes racines. Un dilemme qui a donné le point de départ de mon film ».

Deux mondes, deux cultures

Le film comporte quelques plongées dans la communauté turque de banlieue (mosquée, restaurants, cérémonies, musiques) et souligne les différences entre ce monde modeste, où règnent traditions et solidarité familiale, et les milieux feutrés et impersonnels du pouvoir (les affaires et la politique) dans lesquels évolue Mathieu.

Le jeune avocat se trouve tiraillé entre ces deux univers, ces deux cultures, ce qui donne des scène fortes et émouvantes: entre lui et sa sœur, devant leurs parents. Et avec son père, qui se garde bien de lui faire la morale.

« La figure du père est déterminante pour les gens issus de l’immigration », souligne le réalisateur. « C’est une sorte de fardeau partagé: les parents se sont sacrifiés pour nous et ils attendent qu’on se sacrifie pour eux, par le travail, la présence, le mariage… »

D’abord un thriller

Autre scène marquante, celle dans laquelle Mathieu essaye de convaincre Abdullah d’accepter l’arrangement financier: « On ne sera jamais vraiment chez nous ici, on sera toujours ramené à nos origines. Alors soit tu acceptes les règles, tu fais des compromis, comme moi. Soit tu te fracasses contre le mur », lui dit l’avocat. « Je suis chez moi ici », lui répond le chauffeur de taxi.

Le film n’en rajoute pas sur ses aspects social ou politique, c’est d’abord un thriller, au suspense savamment construit, bien rythmé dès le début. La réalisation est compacte (le film dure une heure et demie), sans temps mort, sans scène inutile.

Seconds rôles bien trouvés

L’interprétation est à la hauteur, avec l’acteur Lionel Erdogan impeccable dans le rôle principal (pourquoi les producteurs du prochain JAMES BOND ne pensent-ils pas à lui?…), et quelques seconds rôles bien trouvés –Charles Berling, la famille, mais aussi cette avocate d’associations et de minorités (interprétée par Lubna Azabal), à l’attitude ambiguë, qui va vouloir s’occuper de défendre Abdullah.

Hüseyin Aydin Gürsoy espère que le public ira voir son premier film, plutôt réussi, pas forcément attiré par la question des immigrés turcs en France mais pour le scénario fort (comme un Turc) de ce thriller captivant: « Le film est le récit d’un personnage que vous avez peut-être rencontré: un avocat, une personne qu’on croise dans les bureaux, issue d’une immigration, d’une communauté, qui a ses problèmes et ses questionnements. J’avais envie de poser la question ouverte: «Qu’est-ce que vous, vous auriez fait à sa place?» »

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « T’es un vrai Turc, toi, tu ne sais pas ce que tu veux » (sa sœur, à Mathieu).

  • Une affaire turque (France, 1h32). Réalisation: Hüseyin Aydin Gürsoy. Avec Lionel Erdogan, Charles Berling, Metehan Aygün (Sortie 12 août 2026).

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