Télé/ « Adieu Poulet ». En pleine campagne électorale, un meurtre fait vaciller les apparences et révèle un monde où politique, affaires et pouvoir avancent souvent main dans la main. Avec « Adieu Poulet », Pierre Granier-Deferre signe un polar tendu et sans concessions, porté par le duo Lino Ventura–Patrick Dewaere. Près de cinquante ans après sa sortie, le film n’a rien perdu de sa force ni de son troublant écho avec notre époque. À voir sur T18, jeudi 20 août 2026.
Notre avis ★★★☆ : Un film magistral, sombre et lucide, dont la modernité frappe encore aujourd’hui.
« Adieu Poulet » : un polar politique d’une redoutable efficacité, où derrière l’enquête policière se dessine peu à peu un monde de compromissions, de pressions et de petits arrangements entre puissants
L’HISTOIRE
Lors d’une campagne électorale à Rouen, des colleurs d’affiches sont violemment agressés. L’un d’eux est même battu à mort. Lorsque la police intervient, l’un des voyous tire à bout portant sur un policier. Mais ce dernier a eu le temps de reconnaître son agresseur : il s’agit d’un homme de main au service de l’un des candidats à l’élection, un important notable de la ville.
Le père du jeune colleur d’affiches assassiné décide alors de se faire justice lui-même. Il parvient à pénétrer chez celui qu’il considère comme le commanditaire du crime et le prend en otage avec deux de ses employés. Depuis le balcon de l’immeuble, face à la foule massée sur la place, il accuse publiquement, et nommément, le candidat à l’élection d’être à l’origine du meurtre de son fils.
Mais l’affaire devient embarrassante. Trop embarrassante, sans doute. Et quelque temps plus tard, le commissaire chargé de l’enquête est muté à Montpellier…
NOTRE AVIS ★★★☆
Adapté d’un roman de Raf Vallet paru en 1974, « Adieu Poulet » s’inspire de faits réels survenus à Puteaux en 1971. Pierre Granier-Deferre signe un polar politique d’une redoutable efficacité, où derrière l’enquête policière se dessine peu à peu un monde de compromissions, de pressions et de petits arrangements entre puissants.
Et pour donner chair à cette histoire, le film réunit ce que le cinéma français comptait alors de meilleur. Lino Ventura, impérial dans le rôle du commissaire principal, impose sa présence tranquille et son sens inimitable de la droiture. Face à lui, Victor Lanoux incarne un homme d’affaires prêt à tout pour parvenir à ses fins, dans l’un de ses grands rôles, aux côtés notamment de « Une femme à sa fenêtre ».
Quant à Patrick Dewaere, presque au début de sa carrière après « Les Valseuses », il apporte au film son énergie nerveuse et sa fougue. Jeune policier un peu chien fou, instinctif et entier, il forme avec Lino Ventura un duo magnifique, fait de méfiance, de tendresse bourrue et de solidarité. Et l’on ne peut s’empêcher, en le regardant, de penser à quel point cet acteur immense nous manque encore.
« Adieu Poulet » est un grand film, à ne surtout pas manquer. Un polar qui prend parfois des allures de western urbain, avec ses hommes de pouvoir, ses hommes de main et ses justiciers solitaires. Mais surtout un film profondément ancré dans son époque… et pourtant troublant d’actualité.
Car cinquante ans plus tard, les questions qu’il soulève n’ont rien perdu de leur force : jusqu’où peut aller le pouvoir pour se protéger ? Que devient la justice lorsque les intérêts politiques et économiques s’en mêlent ? Et que peut encore faire un homme lorsque tout semble déjà joué ?
Un film magistral, sombre et lucide, dont la modernité frappe encore aujourd’hui.
Jane Hoffmann
- « Adieu Poulet » (1975), de Pierre Granier-Deferre, avec Lino Ventura, Patrick Dewaere, Victor Lanoux, Françoise Brion et Julien Guiomar. Musique de Philippe Sarde. À voir sur T18, jeudi 20 août 2026.





