« Eternel Tintoret » : la Renaissance italienne en pleine lumière

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"Eternel Tintoret" - "Suzanne et les vieillards". Photo Jacquemart-André/DR

Exposition « Eternel Tintoret ». Au musée Jacquemart-André, à Paris, l’exposition « Eternel Tintoret » réunit une quarantaine d’œuvres qui témoignent de la puissance et de l’inventivité d’un des grands maîtres de la Renaissance italienne. Entre force du dessin, scènes religieuses, compositions audacieuses et intensité dramatique, le peintre vénitien impose un regard singulier sur le monde et les figures qui l’habitent. Un parcours qui rappelle combien son art demeure vivant et saisissant. Une invitation à redécouvrir un artiste dont l’influence a traversé les siècles.

« Eternel Tintoret » : l’influence du peintre vénitien dépasse largement les frontières italiennes et se fait sentir jusque dans la peinture française.

L’exposition « Eternel Tintoret » réunit une quarantaine d’œuvres qui révèlent toute l’énergie et la créativité du Tintoret, mais aussi la complexité d’un travail longtemps discuté, parfois difficile à classer.

Admirateur de Michel-Ange, il emprunte au maître la puissance du dessin et la force des compositions, tout en puisant chez Titien, son grand rival, l’audace des couleurs. De cette rencontre naît une peinture singulière, qui contribue à donner à la Renaissance vénitienne toute son intensité.

Au-delà de la diversité des œuvres présentées, un parcours thématique permet de mieux saisir les différentes facettes de l’artiste. Ses compositions religieuses, comme Le Miracle de saint Augustin ou La Trinité, témoignent de sa capacité à renouveler les sujets traditionnels.

Par le mouvement, les contrastes et une tension dramatique très personnelle, le peintre donne aux scènes une force expressive qui ne cesse de surprendre.

Chez le Tintoret, la joie semble rarement trouver sa place. Dans La Visitation, la jeune Marie paraît davantage saisie par l’annonce de l’ange que transportée de bonheur. Dans la Nativité, les personnages semblent presque figés devant l’enfant Jésus, comme suspendus dans l’instant. Même Suzanne et les vieillards échappe à l’agitation : Suzanne demeure sereine dans sa chasteté, comme si le regard indiscret qui se pose sur elle ne pouvait troubler sa quiétude.



Né à Venise en 1518 et mort dans sa ville natale en 1594, Jacopo Robusti, dit le Tintoret, appartient à cette génération de peintres qui ont profondément marqué l’histoire de l’art.

Plus jeune que Michel-Ange, il développe un langage pictural qui lui est propre, fait de mouvements audacieux, de perspectives saisissantes et d’une intensité dramatique singulière. Son influence dépasse largement les frontières italiennes et se fait sentir jusque dans la peinture française.

Fils d’un teinturier, dont il tire son surnom de Tintoret, Jacopo Robusti voit sa réputation s’affirmer dès les années 1540. Son talent lui vaut bientôt des commandes prestigieuses, notamment au palais des Doges, à Venise. Une reconnaissance qui témoigne de la place qu’il occupe dans la vie artistique de son temps.

Notre avis ★★★★ 

Les tableaux du Tintoret ressemblent à des instantanés saisis au moment précis où le photographe lance : « Ne bougez plus ! » Les personnages semblent suspendus dans une fraction de seconde, entre le geste qui s’achève et celui qui va suivre. Cette manière de saisir l’instant confère à ses compositions une étonnante présence.

Parmi les grands héritiers de cette puissance picturale figure Le Caravage (1571-1610). Plus jeune que le Tintoret, il pousse le jeu des ombres et de la lumière vers un clair-obscur d’un réalisme parfois brutal, qui ne laisse pas indifférent.

À rebours des conventions, il fait descendre les figures sacrées dans des décors populaires, au plus près de la rue et des hommes. Par sa modernité, son intensité et sa liberté de regard, il prolonge à sa manière certaines des audaces du maître vénitien, dont l’influence a traversé les siècles.

Jane Hoffmann

  • Exposition : « Eternel Tintoret », au musée Jacquemart-André, 158, boulevard Haussmann, Paris 8e — jusqu’au 24 janvier 2027.

Image de Jane Hoffmann

Jane Hoffmann