Gilles Lellouche dans « Moulin »: l’homme qui n’a pas parlé

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"Moulin" : L'affrontement entre Jean Moulin (Gilles Lellouche, à gauche) et Klaus Barbie (Lars Eidinger) est le point fort du film (©Pitchipoï Productions/Studio TF1).

Sortie cinéma/Gilles Lellouche dans « Moulin« . C’est l’une des périodes les plus sombres de l’histoire de France. En compétition au dernier Festival de Cannes, le film MOULIN (mercredi 28 octobre sur les écrans) raconte les derniers jours, entre son arrestation et sa mort, du fondateur du Conseil national de la Résistance, en juin 1943.

Gilles Lellouche dans la peau de MOULIN : le film rend hommage à l’un des héros de l’histoire de France entré au Panthéon, fondateur du Conseil national de la Résistance, en juin 1943.

Jean Moulin (Gilles Lellouche) est parachuté de nuit en pleine campagne, dans la France occupée par les Nazis. Il vient de Londres, où le général de Gaulle l’a chargé d’unir la Résistance et d’en prendre le commandement.

Instructions

Il se rend à Lyon. Il donne ses instructions à Colette (Hortense de Gromard), agente de liaison entre les membres de la Résistance. Il dessine dans sa chambre d’hôtel. Il rencontre d’autres clandestins. Il se fait passer pour un décorateur d’intérieur auprès d’une cliente, la comtesse de Forez (Louise Bourgoin), dont il repousse les avances.

Il organise une réunion des chefs de la Résistance dans la maison du docteur Frédéric Dugoujon, à Caluire-et-Cuire, dans la banlieue de Lyon. C’est là, dans la salle d’attente, que tous se font arrêter par les Allemands.

Klaus Barbie

Jean Moulin est conduit au siège de la Gestapo de Lyon, dont le chef, Klaus Barbie (Lars Eidinger), va l’interroger. Pour lui faire avouer qui il est et exiger des noms de membres de la Résistance.

Sa première nuit en cellule, dans la prison Montluc, est éprouvante. « S’ils me torturent, je ne tiendrai pas. Je ne tiendrai pas », dit-il à un de ses compagnons d’emprisonnement, dans la cour de la prison. Et pourtant, on le sait, Jean Moulin ne parlera pas, malgré les interrogatoires de Barbie, malgré la torture, malgré la peur…

Le mythe et l’homme

Derrière le mythe, le film montre l’homme. « J’ai essayé d’aller au-delà de l’image du héros pour présenter un être humain au spectateur, et non de lui donner des références absolument inatteignables. Jean Moulin transcende peu à peu son être et sa dimension humaine pour atteindre quelque chose d’anthropologique, ou de civilisationnel. C’est difficile d’imaginer être à sa place et, en même temps, je voulais qu’il soit accessible » », explique le réalisateur, le Hongrois Laszlo Nemes, 49 ans.



De culture française, il s’était fait remarquer par son premier film LE FILS DE SAUL, plongée poignante dans l’enfer du camp d’Auschwitz (Grand Prix du Festival de Cannes 2015 et Oscar du meilleur film en langue étrangère), avant de réaliser deux autres films moins impressionnants, SUNSET (2018) et ORPHELIN, sorti début 2026.

Pas un biopic

C’est le producteur Alain Goldman (LA MÔME, LA FRENCH, J’ACCUSE, L’HOMME QUI RÉTRÉCIT) qui est allé le chercher pour lui proposer ce projet. « On a très vite su ce qu’on ne voulait pas faire, à savoir un biopic classique, et on s’est posé la seule question qui comptait à nos yeux: c’est quoi, résister? Comment cela se concrétise-t-il? En s’attachant à Moulin, on s’est dit que la forme ultime de la résistance, c’était le refus de parler ».

MOULIN n’est en effet pas un biopic, il ne raconte que les derniers jours de Jean Moulin, sans évoquer la vie de celui qui fut le plus jeune préfet de France en 1938. Pour essayer d’expliquer le contexte de l’histoire, le réalisateur a construit un début du film un peu déconcertant, sans rythme, compliqué, entre réunions, contacts et messages échangés entre Jean Moulin et les autres personnages.

Interrogatoires

Puis le film prend une nouvelle dimension avec le premier interrogatoire mené par Klaus Barbie. Puis ceux qui ont suivi, glaçants, éprouvants, portés par deux acteurs puissants.

Tout cela est imaginé par Laszlo Nemes, plus ou moins inspiré (une scène de danse avec le personnage –fictif– de la comtesse frôle l’incongruité, voire le ridicule) et qui a pris des largesses par rapport à la vérité historique (comme le sort de Colette ou d’autres détails inventés).

Le film est sobre, sombre, dur, avec une violence que l’on sent venir en fin de film, souvent suggérée hors-champ puis montrée crûment (fusillade collective, visage tuméfié de Gilles Lellouche, chiens lâchés par les Nazis de nuit en pleine forêt…).

Il rend bien sûr hommage à l’un des héros de l’histoire de France, entré au Panthéon en 1964 accompagné de la célèbre oraison funèbre du ministre la Culture André Malraux (« Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé… »).

Devoirs de mémoire

Ce MOULIN s’inscrit dans une série de films récents sur la Seconde guerre mondiale, des deux volets de LA BATAILLE DE GAULLE à NOTRE SALUT en passant par LES HÉROS DU LOUVRE ou FAUSSE NOTE. Autant de devoirs de mémoire susceptibles, souligne Gilles Lellouche, d’éveiller les consciences: « Je le souhaite, pour ne jamais oublier. Le film permet d’éprouver ce qu’est vraiment le courage, d’avoir une vision claire du bien et du mal qui parfois s’entremêlent aujourd’hui. J’espère surtout que ce sera une œuvre importante pour la jeunesse, permettant d’éviter de réinterpréter l’Histoire comme on a trop souvent tendance à le faire ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « Il n’y a rien qui soulage davantage que la vérité » (Klaus Barbie). « Si: la mort » (Jean Moulin).

  • Moulin (France, 2h14). Réalisation: Laszlo Nemes. Avec Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin (Sortie 28 octobre 2026)

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