Cali : « L’amour, c’est essentiel. Il n’y a que ça »

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Cali : "L’amour, c’est essentiel. Il n’y a que ça" /Photo PhilippeFrnd

Rencontre avec Cali. « Il faut se donner la main, ne rien lâcher et continuer à avancer » confie-t-il. À 58 ans, Cali revient avec un treizième album, sous le nom de Caliciuri, son véritable patronyme. Un disque plus personnel, traversé par l’urgence de vivre, le besoin d’amour et la nécessité de rester debout dans un monde qui vacille. Entre inquiétude face à l’époque et confiance dans la jeunesse, le chanteur défend une conviction intacte : nous avons besoin les uns des autres. Un nouvel album qu’il dévoile sur scène, avec notamment un concert très attendu le 6 novembre 2026 au Domaine Le Mezo, dans le Morbihan.

Cali : « avec ce treizième album, j’avais envie de lâcher prise, de revenir à quelque chose de plus pur, à ce que l’on est au fond de soi. Pour moi, cela voulait dire retrouver ces petits moments de l’enfance, quand on est gamin, dans les bras de sa mère, quand on est tout nu »

Vous avez choisi de revenir à votre véritable nom, Caliciuri. Qu’aviez-vous besoin de retrouver à travers ce titre d’album ?

Cali : Trouver un titre d’album, c’est toujours compliqué ! C’est mon treizième disque, et j’avais plusieurs titres en tête qui me plaisaient. Mais, au fond, je me suis rendu compte que, depuis tous ces albums, j’avais accumulé des choses à droite et à gauche : des joies, des chagrins, des petits moments, des éclairs, des chansons…

Là, j’avais envie de tout laisser un peu de côté, de lâcher prise, de revenir à quelque chose de plus pur, à ce que l’on est au fond de soi. Pour moi, cela voulait dire retrouver ces petits moments de l’enfance, quand on est gamin, dans les bras de sa mère, quand on est tout nu, tout simplement Bruno Caliciuri.

Il y a une forme de mise à nu dans cet album. À 58 ans, écrit-on différemment lorsqu’on mesure davantage le temps qu’il nous reste à vivre ?

Cali : Pour moi, il y a quand même un passage. J’ai franchi quelque chose. C’est un vrai clap de fin sur une certaine manière de voir les choses. Ce n’est pas pour rien que l’album se termine par une chanson qui s’appelle « Ma dernière chanson ». Je me dis que, maintenant, tout peut arriver. On avance en sachant que tout peut se passer.

Je ne dis pas que je suis au bout du chemin. J’ai des exemples magnifiques autour de moi, comme Hubert-Félix Thiéfaine, Bernard Lavilliers ou Charlélie Couture, des amis qui nous montrent que la route peut être très longue. Mais, même avec ces exemples-là, je pense qu’inconsciemment, on écrit différemment.

On ne parle plus de l’amour en se disant qu’on a tout le temps devant soi. On regarde l’amour en face. Là, c’est sûr : l’écriture n’est plus pareille.

L’amour est au cœur de votre univers. Avec le temps qui passe, cette soif d’amour s’apaise-t-elle ou devient-elle encore plus forte ?

Cali : Elle devient plus forte, et aussi, quelque part, plus difficile à gérer. Pour moi, l’essentiel du mot « amour », c’est la flamme, le feu qui brûle. Cela a toujours été cela, dans ce que je ressens.

Vivre au jour le jour, à fond, c’est ce qui m’anime. Sauf qu’il y a des responsabilités et que je ne suis pas toujours à la hauteur. Encore une fois, on fait ce qu’on peut. J’ai aussi un petit devoir : rappeler que tout peut s’arrêter. Il faut croquer ces moments-là, par respect pour la vie. L’amour, c’est essentiel. Il n’y a que ça.

Je me rends compte, à mon âge, qu’il peut se passer tellement de choses. Il y a des hauts, il y a des bas. Mais si l’on garde quelque part une petite braise, on a envie de continuer à croquer cette vie. Et si quelqu’un pense à nous, si l’on sent qu’on compte pour quelqu’un, alors on continue.

En même temps, le mal de notre société, c’est la solitude. Je pense que ceux qui en arrivent à se jeter par la fenêtre, c’est parce qu’ils se sentent tellement seuls dans ce monde où Internet nous avait promis que nous serions tous ensemble. On n’a jamais été aussi seuls devant nos ordinateurs.

Quel regard portez-vous sur la société aujourd’hui, traversée par la colère, les violences et les divisions ? Comment continuer à croire au vivre-ensemble dans ces conditions ?

Cali : C’est une vraie question. La réponse, c’est que je crois en la jeunesse. On a piétiné beaucoup de choses. Évidemment, nos dirigeants, mais nous aussi. On a piétiné l’écologie. Ma génération, celle d’avant, a parfois agi comme si la suite n’avait pas beaucoup d’importance.

Et là, les jeunes nous disent : « Non, non, non ! » Je le vois autour de moi, avec les enfants qui nous remettent sur le droit chemin. Ils nous disent : « Attendez, vous avez fait des conneries, mais nous, on va prendre les choses en main et aller de l’avant. »



Ce que je vois aujourd’hui, c’est aussi cette image d’un CRS armé jusqu’aux dents face à un môme de quatorze ans. Voilà où nous en sommes dans notre pays.

Et on voit bien que cela a lieu partout, en Italie, en Belgique… Cela part dans tous les sens. La situation est devenue insupportable. Je suis presque étonné que tout cela n’arrive que maintenant.

La chanson peut-elle encore avoir une portée politique ou changer quelque chose dans une société aussi fracturée ?

Cali :  Aujourd’hui, les albums n’existent quasiment plus. On continue à en faire parce qu’ils racontent notre histoire, notre vie. Mais ils nous permettent surtout de prendre la route.

Dans ce monde où l’on prévoit de moins en moins de métiers, où l’intelligence artificielle est partout et où l’on ne sait plus très bien où l’on va, avec des catastrophes annoncées de tous les côtés, les concerts restent un lieu de recueillement. Un endroit où l’on peut encore se serrer dans les bras, ressentir des vibrations. Pour moi, la chanson est importante pour cela.

On écrit des chansons un peu comme les mômes écrivent des slogans incroyables sur des cartons. Chacun apporte ce qu’il peut. Certains écrivent dans la rue, d’autres écrivent des chansons.

L’idée c’est de ne pas se sentir seul. Quand quelqu’un vous prend dans ses bras et vous dit qu’il est heureux que vous soyez là, c’est réconfortant. La chanson permet aussi cela.

Vous parlez de générosité et de partage. Est-ce cela, au fond, que vous venez chercher sur scène, lorsque vous chantez devant votre public ?

Cali : Oui, c’est cela ! Je suis sur la route autant que possible. Je joue en solo, en duo, avec un piano, avec un groupe de rock ou de punk, parfois avec un big band. Je change de formule selon les envies et les projets. Là, je pars en trio avec Émilie Marsch à la guitare et Calou à la batterie, pour défendre l’album sur scène.

J’essaie de m’accrocher à ces moments que les gens nous donnent et qui sont encore miraculeux. Se retrouver devant des personnes, leur crier qu’on a besoin d’amour et sentir qu’elles en ont besoin aussi… Ce sont des moments tellement forts ! Il faut aller les chercher, il faut les préserver. Est-ce que cela va durer ? Je ne sais pas. Mais tout ce que la vie vous donne, il faut le prendre.

Votre album s’ouvre sur « Encore », un morceau où vous lancez cet appel : il faut encore faire l’amour, il faut continuer à s’aimer…

Cali : Oui, bien sûr ! Mais vous savez, c’est aussi une forme d’auto persuasion. Il ne faut pas baisser les bras, ne pas s’enfermer sur soi-même. Il faut continuer à aller chercher les vibrations.

Ce morceau, je le prends comme une bouffée d’air. Pendant trois minutes, je crache des mots pour essayer, encore une fois, d’honorer cette vie.

Parce que ce qui est fou, quand on regarde le monde, c’est de se dire qu’il pourrait être beau ! Et pourtant, on est en train de tout foutre en l’air, de tout piétiner. Cela me rend malade.

Alors oui, j’essaie de dire : allez, il faut encore honorer cette vie, il faut la croquer. On n’en a qu’une, alors il faut y aller à fond. Il faut le faire ! Je démarre le concert avec cette chanson. L’idée, c’est de dire : allez, maintenant, c’est bon, on est ensemble ! On est dans la même galère, dans le même bordel.

Malgré ce regard sombre sur la société, il y a de l’espoir dans votre album, notamment dans « Allumette ». Il reste toujours une étincelle à laquelle vous croyez ?

Cali : L’espoir, bien sûr ! Nous n’avons pas tous la même horloge. On ne devient pas adulte au même moment. Et ce passage difficile de l’adolescence, on le connaît. Je vois autour de moi des mômes qui sont perdus. Ils ont encore leur pureté et se heurtent au mur de cette société, à cette vie absurde, débile, cynique, à ce monde terrible. Alors ils baissent les bras.

Et quand on baisse les bras, on peut finir par se dire que tout est terminé. On se tourne vers des addictions, vers la boulimie, l’anorexie… On se met en danger alors que la vie est devant soi.

Mon papa m’a toujours dit quelque chose qui m’est resté : il faut prendre par la main ceux qui n’y arrivent pas, les mettre sur la barque, pousser la barque et les attendre. Vous êtes jeunes, vous avez la vie devant vous. Elle va être belle et on va se battre, parce qu’on est ensemble.

L’autre jour, dans les manifestations, j’avais le sourire en voyant tous ces mômes. Je ne parle pas des casseurs, de ceux qui détruisent tout. Je parle de tous ces jeunes qui criaient leurs revendications. Ils n’étaient pas simplement dans la rue pour y être. Ce moment comptait vraiment pour eux.

Ils étaient là pour dire : « Attendez, nous, on va changer les choses ! On va vous dégager, on va changer tout ça ! »

Vous parlez de se tenir la main. Cette expression revient aussi dans votre album. Ne pourrait-elle pas résumer votre message, aujourd’hui ?

Cali : C’est important de se donner la main. Aujourd’hui, c’est malheureux, mais les histoires de casseurs prennent le dessus, alors que ce n’est pas du tout le discours porté par ce mouvement. J’espère que cela ne va pas le ralentir. Il faut continuer à aller dans la rue et ne pas se tromper de combat.

Évidemment, l’extrême droite se frotte les mains. Je crois encore à cette jeunesse. Je crois à cette envie de changer les choses, à cette nécessité de rester ensemble. Il faut se donner la main, ne rien lâcher et continuer à avancer.

Entretien réalisé par Victor Hache

  • Album Caliciuri. VERYCORDS
Image de Victor Hache

Victor Hache