Toutes les musiques de We Culte. Entre rock, électro, reggae et free jazz, Arthur Fu Bandini invente une musique libre et singulière, portée par une voix grave et des textes qui ne ressemblent à aucun autre. Quelque part entre Daniel Darc et Alain Bashung, ce jeune Parisien cultive l’art du pas de côté. Après « Ça n’a jamais été mieux avant », un diptyque remarqué jusqu’à la finale du Prix Joséphine 2025, il sera sur la scène de La Maroquinerie, le 12 novembre, avant un premier album attendu en 2027.
Arthur Fu Bandini : Sa prose est à la fois directe et imagée, volontiers décalée, parfois traversée d’éclats surréalistes
Il y a des artistes qui suivent une route toute tracée et d’autres qui préfèrent ouvrir leurs propres chemins. Arthur Fu Bandini appartient résolument à la seconde catégorie. Chez lui, les frontières musicales semblent faites pour être franchies, les étiquettes pour être oubliées.
Chanson française, rock, électro, reggae, dub, free jazz : tout se mélange, se télescope, se déconstruit pour donner naissance à un univers aussi personnel qu’inclassable. Mais derrière cette apparente liberté de mouvement, une constante : les mots. Ils sont le cœur battant de son aventure musicale.
Né Arthur Jacquin, le jeune Parisien commence à composer dès l’âge de douze ans. À l’adolescence, il fait ses premières armes dans le rap old school avec le rappeur 10STRICT. Ses amis le surnomment alors Arthur Fu, un nom qui finira par devenir son identité artistique.
Mais ses premières nourritures sont aussi littéraires. Il découvre Henri Michaux et Antonin Artaud, se laisse embarquer par les romans initiatiques de Hermann Hesse et l’écriture fiévreuse de John Fante. Au cinéma, les visions de Jodorowsky et de Wim Wenders, notamment La Montagne sacrée et Les Ailes du désir, nourrissent également son imaginaire.
Avant de se lancer en son nom, Arthur multiplie les expériences. Il explore le rock psychédélique avec Moonsters, puis la pop romantique au sein de Soleil Bleu, en duo avec Lou Lesage. Il compose aussi pour le cinéma et la télévision, signant plusieurs musiques de courts métrages et une bande originale de série. Autant d’expériences qui enrichissent sa palette et affûtent son goût pour les univers contrastés.
Pourtant, c’est vers ses propres textes qu’il revient toujours. Écrits depuis longtemps, ils attendront 2023 pour trouver leur véritable prolongement sur scène. Une révélation, pour cet auteur-compositeur-interprète qui fait de ses concerts un espace de liberté et d’expression. Guitares, synthétiseurs, arrangements électroniques : les instruments deviennent les prolongements d’une écriture qui refuse la facilité.
Une poésie électrique et un regard sans complaisance
Avec Ça n’a jamais été mieux avant, décliné en deux volumes, Arthur Fu Bandini donne à entendre toute l’étendue de son territoire musical. Le titre, à lui seul, annonce la couleur : une pointe d’humour désabusé, une manière de regarder le présent sans céder aux illusions d’un passé prétendument meilleur.
Derrière la formule, il y a un regard lucide, parfois inquiet, sur une époque traversée par les contradictions, les désordres et les incertitudes.
Dans Empire IA, Le Souffle de Cassandre ou Nos cœurs font du freejazz, les mots dessinent des paysages intérieurs et des tableaux singuliers. La poésie se mêle à l’ironie, l’introspection à une forme de révolte. Il y a de la tendresse, de l’inquiétude, mais aussi une manière de ne jamais prendre le monde tout à fait au sérieux, sans pour autant détourner les yeux de ses fractures.
Sa prose est à la fois directe et imagée, volontiers décalée, parfois traversée d’éclats surréalistes. Elle possède surtout un rythme, une respiration et une musicalité qui lui appartiennent. La voix grave, légèrement gouailleuse, porte ces textes avec une présence qui évoque inévitablement Daniel Darc ou Alain Bashung. Des filiations évidentes, mais qui ne sauraient résumer un artiste dont l’imaginaire se nourrit aussi bien des Clash, d’Ian Dury et de Leonard Cohen que de Suicide, Viagra Boys ou Sleaford Mods.
Car Arthur Fu Bandini ne cherche pas à reproduire ses influences. Il les absorbe, les détourne et les confronte. Il peut faire surgir une mélodie presque familière avant de la bousculer par une rupture rythmique, une échappée électronique ou une envolée instrumentale inattendue. L
Le reggae et le dub croisent le rock, le free jazz vient déranger les habitudes. Une musique en mouvement, qui préfère l’accident heureux aux recettes éprouvées.
Sur scène, cette liberté prend une autre dimension. Charismatique, habité, reconnaissable à ses gilets de cuir sans manches et à sa gestuelle précise, le chanteur impose une présence qui ne repose pas seulement sur l’attitude.
Il y a derrière les synthétiseurs et les guitares un véritable engagement physique, une façon d’incarner chaque morceau et de donner aux textes toute leur intensité.
Sélectionné parmi les dix finalistes du Prix Joséphine 2025 avec le premier volume de Ça n’a jamais été mieux avant, Arthur Fu Bandini a franchi une première étape importante. Mais il semble surtout avoir trouvé son langage, celui d’un artiste qui ne veut choisir ni entre la poésie et le rock, ni entre la légèreté et la gravité, ni entre l’intime et le monde. Son premier album, annoncé pour 2027, est déjà attendu comme une nouvelle étape de cette aventure hors norme.
Victor Hache
- Arthur Fu Bandini en concert, le 12 novembre, La Maroquinerie, 23 Rue Boyer, 75020 Paris.





