Alain Chamfort intemporel, en apothéose à La Cigale 

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Alain Chamfort : À  77 ans, le chanteur semble défier le temps (c) Jean-Christophe Mary

Toutes les musiques de We Culte/ Alain Chamfort intemporel. Lundi 6 avril à La Cigale, le chanteur a offert à son public parisien une dernière escale pleine de grâce et d’émotion, concluant en beauté deux années de tournée avec L’Impermanence.

Alain Chamfort : À  77 ans, le chanteur semble défier le temps : voix intacte, présence magnétique, sourire complice.

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Alain Chamfort intemporel sur la scène de La Cigale, le 6 avril 2026. (c) Jean-Christophe Mary

C’est une page qui se tourne avec grâce. En clôturant à La Cigale une tournée entamée en juin 2024 dans l’intimité du Point Éphémère, Alain Chamfort referme un chapitre de sa carrière.

Entre-temps, l’artiste aura conquis des salles combles comme Le Trianon et Les Folies Bergère, imposant une nouvelle lecture plus électrique de son univers. Et pour cette ultime escale parisienne, le chanteur a offert un concert à son image : élégant, sensible et intensément vivant.

Il y a, chez Alain Chamfort, une manière unique d’habiter le temps qui passe sans jamais s’y abandonner. Dès son entrée en scène, silhouette racée et allure inchangée, Alain Chamfort capte l’attention.

À  77 ans, le chanteur semble défier le temps : voix intacte, présence magnétique, sourire complice. Très vite, le ton est donné. Accompagné de quatre musiciens à l’énergie rock, durant 1h30  il va insuffler à ses titres une tension nouvelle, flirtant avec des sonorités électro et nerveuses.

Fond noir profond, traversé d’un voile blanc évoquant des volutes de fumée, comme un clin d’œil aux nuits d’antan le décor, lui, joue la carte du minimalisme poétique.

Sur scène, quelques éléments suffisent à installer une atmosphère feutrée et romantique — une table de bistrot, un tabouret, un vase de roses, un verre posé là comme abandonné, une chaise haute. Rien de spectaculaire, mais une esthétique de l’épure.

Une large place est consacrée à L’Impermanence, son dernier album, qu’il présente avec une émotion palpable. Sous la direction musicale d’Adrien Soleiman, les arrangements privilégient des textures plus électriques, parfois proches de l’électro-rock, Les titres « En beauté », « Whisky glace en terrasse » ou encore « Tous ces gens tristes » prennent ainsi sur scène une dimension nouvelle.



Chamfort danse, arpente la scène, s’amuse, se libère allant même jusqu’à troquer sa veste chic pour une veste décontractée de survêtement.

À mi-parcours, il prend le temps de présenter ses musiciens, sous la direction d’Adrien Soleiman, également au saxophone, artisan majeur de cette relecture musicale. La soirée est ponctuée de moments suspendus.

Lorsque Chamfort s’assoit au piano pour « La Grâce »– une réflexion délicate sur la création artistique- le public retient son souffle à l’apparition surprise de Bertrand Belin.

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Alain Chamfort intemporel, touchant, élégant, profondément humain (c) Jean-Christophe Mary

Le timbre grave de l’invité répond à la douceur feutrée de Chamfort dans un dialogue d’une rare intensité. Un peu plus tard, la chanteuse Yelle bouscule l’atmosphère avec une reprise vive et presque insolente de « À cause des garçons » lui insuffle une énergie pop.

Ce soir, plusieurs séquences viennent rappeler l’importance du temps dans l’œuvre de Chamfort : « Traces de toi », « Le temps qui court », ou encore « Par inadvertance », écrite avec Pierre-Dominique Burgaud, s’inscrivent dans cette méditation continue.

Chamfort remercie le public d’être la depuis toutes ces années et rends hommage à ses auteurs — de Serge Gainsbourg à Pierre-Dominique Burgaud en passant par Jacques Duvall pour ne citer qu’eux.

Puis le concert bascule vers une célébration de son répertoire. Le medley « Bébé Polaroïd / Bons baisers d’ici / Souris puisque c’est grave » agit comme une machine à remonter le temps.

Le premier rappel prends lui des allures de triomphe. Assis sur une chaise face public, il entame « Amoureux » avant d’enchaîner les classiques : « Géant », « Rendez-vous au paradis », et bien sûr « Manureva ». Dès les premières notes, la salle explose. Le public se lève, chante, filme, emporté par ce tube intemporel.

« Bon, on va rester encore un peu », glisse-t-il, visiblement heureux de suspendre le temps une dernière fois. . Le second rappel prolonge la magie  avec « Palais Royal », « Tout s’arrange à la fin ». Enfin, moment d’une grande tendresse, sa fille Tess le rejoint pour « Les Microsillons », dans une complicité émouvante accompagnée au piano par Vincent Bidal.

Après une heure trente de bonheur, Alain Chamfort souriant quitte la scène sous une ovation sincère. Ce concert à La Cigale ne marquait pas seulement la fin d’une tournée, il scellait une étape essentielle dans le parcours d’un artiste à part.

Touchant, élégant, profondément humain, Chamfort prouve qu’il n’a rien perdu de sa grâce — et qu’il reste, plus que jamais, une figure majeure de la chanson française. 

Jean-Christophe Mary

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