Le Book club de We Culte/ Katherine Pancol. La romancière nous revient avec « Des choux et des reines », un roman assez inattendu. Plus court, plus intime, plus sombre aussi. Un virage assumé vers l’épure, dans laquelle elle suit Sophie, une femme tentant de fuir l’emprise et de se reconstruire sur la côte normande.
Katherine Pancol: Le style de la romancière a changé. L’autrice s’est dépouillée. Les phrases sont courtes, directes, parfois brutales, mais le sens de l’humour est resté.
Tout commence par un oubli. Une porte non verrouillée. Il sortait prendre un verre avec Tony, son homme à tout faire. Il avait pris l’habitude, le soir, d’enfermer Sophie à clé. « Ce soir-là, Il a oublié. Alors tout s’est emballé. » Sophie prend la fuite, quitte l’appartement parisien.
Avec son bagage et son chien Sherlock, elle attrape un taxi et file gare Saint-Lazare. Là, elle a prend un train vers la Normandie, trouve refuge chez son amie Lucille. Dans la banlieue de Rouen, elle peut prendre le temps de souffler.
Mais elle ne comprend pas comment elle est tombée dans le piège de l’emprise. Elle qui travaille dans la librairie de madame D., qui lit « des montagnes de livres », qui a toujours eu une « petite voix » intérieure pour la mettre en garde.
Le roman est né d’une rencontre. Lors d’une séance de dédicaces, une jeune femme a commencé à raconter son histoire à Katherine Pancol. Une histoire que l’autrice ne pouvait pas croire possible. Une fille brillante, diplômée, avec un poste important, tombée sous l’emprise d’un homme qu’elle décrit comme un« pervers gentil ». Les deux femmes ont déjeuné ensemble. Et le livre a commencé à exister.
Il faut du temps pour comprendre comment on tombe dans ce piège. Sophie le reconstitue en flashbacks, depuis sa cachette normande. Son enfance cabossée, une mère qui l’écrasait (« Il y en a treize à la douzaine des filles comme toi ») et puis cette rencontre qui va tout changer.
Il s’appelle John et leur histoire d’amour a la force des premières fois. La violence aussi. Car les promesses viennent se heurter à une fin aussi brutale qu’incompréhensible. Au fil du récit et de ses découvertes, elle va se réapproprier son histoire, leur histoire.
Comme l’Alice de Lewis Carroll, qui nous vaut ce titre étrange et lumineux, tiré de L’Autre côté du miroir, Sophie doit chercher de l’autre côté pour trouver sa voie : « Il faut parler de tout : / De souliers, de bateaux, de cachets et de sceaux… / De choux et de rois. »
Katherine Pancol a féminisé le titre – les rois sont devenus des reines – et c’est toute la direction du roman qui est là : une histoire de femmes, portée par des femmes.
Lucille, madame D., Margaret : ce sont elles qui tendent la main, abritent, encouragent. « On a tous besoin d’un œil posé sur nous, qui nous donne de l’élan. On n’arrive à rien, seul. » La sororité n’est jamais mièvre ici. Elle est concrète, active, parfois rude.
Le décor normand joue aussi un rôle à part entière. La mer, l’infini, les ciels peints par les impressionnistes. Et surtout l’absence de réseau qui empêche d’être tracée. Elle ne peut que réfléchir, se souvenir, se reconstruire. Une façon de couper le cordon avec l’avant, presque monacale.
Le style, lui, a changé. L’autrice s’est dépouillée. Les phrases sont courtes, directes, parfois brutales, mais le sens de l’humour est resté.
En refermant le roman, on comprend la citation de Virginie Despentes qui dit bien le parcours de Sophie : « C’est la métamorphose. Un matin, on se lève et on comprend que, dans le silence et la discrétion, on est devenu quelqu’un d’autre. »
Henri-Charles Dahlem
- Des choux et des reines Katherine Pancol. Editions Albin Michel. Roman. 192 p., 19,90 €. Paru le 29/04/2026.

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A propos de l’autrice

Katherine Pancol est l’un des plus grands phénomènes d’édition de ces dernières années. Elle est traduite dans une trentaine de pays. Son dernier roman La Mariée portait des bottes jaunes, paru en 2023, a été un immense succès. (Source : Éditions Albin Michel)





