Sortie cinéma /« Juste une illusion« . Un film d’Éric Toledano et Olivier Nakache à la fois drôle et touchant, c’est comme un diabolo limonade: un pléonasme. Le duo magique des réalisateurs d’INTOUCHABLES et du SENS DE LA FÊTE prouvent une nouvelle fois leur habileté à mélanger humour et émotion dans leur nouveau long-métrage, JUSTE UNE ILLUSION (mercredi 15 avril sur les écrans), l’un de leurs films les plus réussis et à coup sûr le plus intime.
« Juste une illusion » : Bien ciselé, parfois roublard, le film est bien équilibré entre gags et moments sérieux mais c’est souvent le rire qui prend le dessus.
Le film raconte leur adolescence à travers le personnage du jeune Vincent (Simon Boublil), bientôt 13 ans. On est en 1985, Vincent vit en banlieue parisienne, dans une famille de la classe moyenne dont les parents (Louis Garrel et Camille Cottin) sont unis mais se disputent souvent. Leur aîné, Arnaud (Alexis Rosenstiehl), qui partage sa chambre avec Vincent, vend des cassettes audios qu’il enregistre lui-même.
Le père de famille subit la crise économique et cache aux siens qu’il est chômage, tandis que la mère, secrétaire, aspire à devenir cadre en s’initiant notamment à l’informatique naissante, grâce au concierge de l’immeuble, M. Berger (Pierre Lottin), homme à tout faire sympa et débrouillard.
Sens de la vie
Tandis que Vincent se prépare pour sa bar-mitsvah (son deuxième prénom est Moshe) et s’interroge sur le sens de la vie et sur ses origines (ses parents, juifs séfarades, ont quitté respectivement le Maroc et l’Algérie en 1962), il tombe amoureux pour la première fois.
C’est une fille de sa classe de 4ème, elle s’appelle Anne-Karine (Jeanne Lamartine), et ses parents sont plus riches, traditionnalistes, racistes. Ce n’est pas gagné pour Vincent, timide bien sûr, mais qui va bénéficier des conseils de son grand frère et inventer quelques astuces pour séduire la jeune fille…
Sortie de l’enfance
« Notre envie de départ était de raconter la sortie de l’enfance, cette période de métamorphose par laquelle chacun d’entre nous est passé un jour, cet entre-deux. Ce changement de perception du monde est un bouleversement et nous voulions en faire à la fois un récit réaliste et une comédie. Et en explorant toutes ces strates de notre adolescence, nous nous sommes rendu compte que l’empreinte émotionnelle de ces années était encore très présente en nous aujourd’hui, et l’envie de mélanger les deux a donné naissance à ce projet », dit Éric Toledano, 54 ans, qui avait 13 ans en 1985.
Olivier Nacache, 52 ans, 11 ans en 1985, ajoute que « cette période de l’adolescence ressort étrangement quand on passe la cinquantaine. Peut-être parce qu’on se rend compte qu’elle cristallise les moments les plus marquants de notre existence, une période où l’on vit complètement et pleinement dans le présent, et peut-être aussi parce qu’aujourd’hui on a des ados et qu’à travers eux, on refait le chemin de l’existence! ».
Neuvième film
C’est le 9e film du duo, dont la notoriété a explosé en 2011 avec le 4e, INTOUCHABLES (19,5 millions de spectateurs) et dont les films sont régulièrement appréciés du public (sauf peut-être le dernier, UNE ANNÉE DIFFICILE, un peu boudé), notamment LE SENS DE LA FÊTE (2017) avec Jean-Pierre Bacri ou le formidable HORS NORMES (2019).
Même (et surtout) s’ils ont beaucoup mis de souvenirs personnels dans ce JUSTE UNE ILLUSION, comme les précédents le film est un équilibre savamment dosé entre humour et émotion, on passe du sourire aux lèvres à la larme à l’œil. Et les réalisateurs, qu’on décrit souvent comme fins illustrateurs de ce qu’on appelle aujourd’hui le « vivre-ensemble », en profitent pour évoquer des sujets sérieux comme le racisme, le chômage, l’émancipation économique des femmes, le passage entre l’enfance et l’adolescence, les liens familiaux, les interrogations sur ses origines.
Tubes de l’époque
La reconstitution des années 80 est bien sûr très soignée (la Valise RTL, les disques à la demande sur NRJ, SOS-Racisme et Harlem Désir à la télé, le générique de fin des programmes d’Antenne-2 dessiné par Folon) avec les tubes de l’époque: The Cure, Earth Wind and Fire, Kool and the Gang, George Michael, Je rêvais d’un autre monde (Téléphone), I’m So Excited (The Pointer Sisters), Ma place dans le trafic (Francis Cabrel), Genevieve (Andrew Gold) et bien sûr Just An Illusion, du groupe Imagination.
Alors, film nostalgique? Les réalisateurs s’en défendent: « Pas vraiment », dit Éric Toledano. « On s’est toujours dit avec Olivier, qu’à travers ce film on allait faire un pas en arrière pour mieux regarder devant. Si le film revendique une nostalgie c’est celle de l’espoir de changer le monde, une sorte de «nostalgie du futur» ».
Gags et moments sérieux
Bien ciselé, parfois roublard, JUSTE UNE ILLUSION est bien équilibré entre gags et moments sérieux mais c’est souvent le rire qui prend le dessus, avec des épisodes savoureux comme le parcours erratique d’une cassette porno nommée La ruée vers Laure, que veulent visionner Vincent et trois copains de classe; une interprétation loufoque, par le grand frère, de la célèbre photo Mitterrand-Kohl main dans la main à l’ossuaire de Douaumont en 1984; et surtout, scène la plus réussie (on en voit deux secondes dans la bande-annonce), sur fond du tube I’m Not In Love (1975) du groupe 10cc, une hilarante séquence au ralenti des membres de la famille attablés alors que les pensées de Vincent vont vers Anne-Karine.
Camille Cottin et Pierre Lottin sont délicieux, Alexis Rosenstiehl (vu, comme Pierre Lottin, dans le récent CEUX QUI COMPTENT) est impeccable et le jeune Simon Boublil s’en tire très bien dans le personnage de Vincent. Fils de la directrice du Théâtre de la Concorde Elsa Boublil et de l’acteur Philippe Torreton, il avait déjà fait du cinéma avec un petit rôle dans Ducobu passe au vert! (2024) d’Élie Semoun.
Louis Garrel épatant
Mais c’est Louis Garrel, cheveux frisés, moustache, grosses lunettes, qui est le plus épatant, révélant son pouvoir comique déjà aperçu dans le film L’INNOCENT (2022) qu’il réalisait et interprétait. C’est à lui que revient la conclusion, dans une interview à Paris-Match: « Quand on entend des gens rirent dans une salle, on sait pourquoi on fait ce métier. Les gens pleurent en secret et rient en collectif. On ouvre des portes avec la comédie. Dans le film, tout est délicat. Olivier et Éric sont comme des scientifiques: ils alternent le drôle et le grave de manière maîtrisée, en hommage à la comédie italienne. Ils éprouvent une empathie non feinte pour les autres. Dans la vie, ce sont des hommes bien ».
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Oui, je crois aux miracles. Ce sont les miracles qui font avancer l’humanité » (Louis Garrel à Camille Cottin).
- Juste une illusion (France, 1h54). Réalisation: Olivier Nakache et Eric Toledano. Avec Louis Garrel, Camille Cottin, Pierre Lottin (Sortie 15 avril 2026)

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