« Superhôte » : La femme de ménage trop parfaite

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"Superhôte" d'Amélie Cordonnier : La femme de ménage trop parfaite (c) Pascal Ito

Le Book Club de We Culte. Dans (Superhôte ★★★★ (on a adoré), son nouveau roman, toujours aussi mordant, Amélie Cordonnier retrace le drame vécu par une femme de ménage. Raconté par sa fille et son employeuse, il dit aussi la difficile condition de ces personnes invisibles et les ravages des locations saisonnières. Prenant !

« Superhôte » : Amélie Cordonnier s’attelle ici à une autre forme de fracture, celle, insidieuse, que creuse l’économie de la débrouille dans les relations humaines. Une nouvelle réussite !

Quand vous louez un appartement ou une maison sur Airbnb, les notes attribuées par vos locataires occasionnels peuvent vous permettre d’accéder – si tout est parfait – au statut de superhôte.

C’est le cas pour Adrien et Anaïs, qui ont transformé leur maison du Touquet, où ils ne viennent plus qu’occasionnellement avec leurs enfants Joseph et Victoire. Mais ce statut élogieux doit d’abord être mis au crédit de Sylvie, leur employée de maison.

Quand Anaïs a fait sa connaissance, elle était jeune maman et avait vite vu la nécessité de se faire aider pour entretenir leur grande maison. Avec Sylvie, elle avait déniché la perle rare, travailleuse et honnête, discrète et consciencieuse. Très vite les liens entre elles s’étaient resserrés et elle était aussi devenue l’amie des enfants qu’elle voyait grandir au fil des ans.

Quelquefois Camille, la fille de Sylvie, avait le droit d’accompagner sa mère. Un privilège qui n’en était pas vraiment un, car Camille voyait avant tout sa mère s’user et se fatiguer au fil des jours. « Ma mère travaillait seule, au noir le plus souvent, parfois déclarée mais toujours à son compte. Elle disait Je bosse pour moi, même si c’était pour moi, sa fille. Disait Je bosse pour moi alors qu’elle se tuait à la tâche chez les autres, et bien sûr elle souriait lorsqu’elle disait ça. »

Sans doute était-elle la seule à rester lucide dans ce jeu de rôles où employeuse et employée jouent aux copines et ne sont pas avares de compliments. « Je me suis souvent demandé si les flatteries dont elle couvrait ma mère visaient à la féliciter ou à la ficeler. Les deux sans doute. J’y ai toujours vu une façon détournée de la maintenir sous pression, de la forcer à garder l’échine courbée, le front baissé et le regard fixé sur ses chiffonnettes, sa serpillière et son balai. »



Aussi, quand arrive le drame annoncé dès les premiers chapitres, et que je me garderai bien de vous dévoiler, les masques tombent. On est bien dans une lutte des classes et l’on ne peut s’empêcher de penser aux mêmes œuvres que cite Camille, le livre de Florence Aubenas devenu un film, Le quai de Ouistreham, le film d’Éric Gravel À plein temps film avec Laure Calamy ou encore à L’Assomoir d’Emile Zola. Sans oublier une scène du Livre des sœurs d’Amélie Nothomb.

En choisissant d’alterner les voix d’Anaïs et de Camille, Amélie Cordonnier accentue encore les inégalités inhérentes aux relations employeur-employé et donne une profondeur émotionnelle au récit.

D’un côté Anaïs, consumée par la douleur et la culpabilité, cherche à comprendre les enchaînements qui ont conduit à cette tragédie. De l’autre, Camille défend ardemment l’innocence de sa mère.

La romancière dépeint avec acuité les conséquences dévastatrices que peut engendrer la marchandisation de l’espace personnel et la précarisation du travail domestique.

Elle questionne également la responsabilité individuelle et collective dans un système où tout, y compris la confiance, semble monnayable. Derrière les promesses de rentabilité et de commodité, on oublie trop souvent le prix humain.

Avec Superhôte, Amélie Cordonnier poursuit son exploration des failles intimes et sociales dans une France traversée de tensions. Après Trancher (2018), qui abordait le poids du passé et de la violence conjugale, et Un loup quelque part (2020), roman sur l’ambiguïté du lien parental et les blessures de l’enfance, l’autrice s’attelle ici à une autre forme de fracture, celle, insidieuse, que creuse l’économie de la débrouille dans les relations humaines. Une nouvelle réussite !


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A propos de l’autrice

Amélie Cordonnier © Photo Pascal Ito

Amélie Cordonnier est l’autrice de TrancherUn loup quelque partPas ce soir et En garde (Flammarion, 2018, 2020, 2022 et 2023). Ses romans sont traduits dans plusieurs langues. (Source : Éditions Flammarion


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Henri-Charles Dahlem