Toutes les musiques de We Culte / Gaëtan Roussel au Havre. Samedi 31 octobre, Gaëtan Roussel a fait escale au Carré des Docks du Havre dans le cadre de sa tournée destinée à défendre son nouvel album, Marjolaine. Devant une salle comble, l’ancien leader de Louise Attaque a livré un show sous haute tension électrique, alternant déflagrations rock, refrains fédérateurs et échappées plus intimistes. Jusqu’à descendre chanter au milieu du public havrais, en liesse, pour mieux partager ces chansons qui traversent les générations.
Gaëtan Roussel au Havre, au Carré des Docks, a construit un spectacle haut en couleur, généreux et remarquablement vivant.

Chez Gaëtan Roussel, les chansons ont plusieurs vies. Celles de ses albums solos, celles de Louise Attaque, formation dont il fut le leader et la voix immédiatement reconnaissable, mais aussi celles qu’il a écrites ou composées pour d’autres artistes, de Vanessa Paradis à Alain Bashung en passant par Hoshi.
Cette pluralité constitue la matière première d’un spectacle généreux, où les répertoires se répondent sans jamais se concurrencer. Pendant près d’une heure quarante-cinq, le chanteur a ainsi orchestré un véritable dialogue entre les époques et les univers musicaux, porté par cinq musiciens et une scénographie visuelle particulièrement soignée.
20 h 53. Les lumières s’éteignent. Les 4 400 spectateurs plongent dans l’obscurité tandis que l’écran géant s’anime. Des panneaux lumineux apparaissent, des fleurs semblent éclore, les silhouettes des musiciens se dessinent dans une introduction aux accents de la sono qui diffuse « Girly thing » de Claudia Valentina. Ce dispositif donne immédiatement le ton.
Vêtu d’une veste blanche à manche courte d’une cravate et d’un pantalon noir, une casquette vissée sur la tête, Gaëtan Roussel fait son entrée sur Marjolaine, titre éponyme de son dernier album. Son visage se démultiplie sur l’écran dans un kaléidoscope de couleurs qui évoque les sérigraphies pop art d’Andy Warhol.
« Bonsoir Le Havre, tu peux chanter avec moi comme ça on va faire connaissance… Allez les copains, on y va ! » lance-t-il. Les premiers « lalalala » des Nuits parisiennes, incontournable tube de Louise Attaque, déclenchent aussitôt une réaction enthousiaste. Toute la salle reprend le refrain à pleins poumons.
La communion est immédiate. Avec « Passe la vie », l’énergie monte encore d’un cran. Mélodie lumineuse, rythme nerveux, le chanteur interpelle les spectateurs jusqu’aux balcons : « Et toi, ça va là-bas ? Tu es ici chez toi ! » Les cris fusent. Le public du Carré des Docks est déjà en ébullition prêt à se laisser entraîner dans cette mécanique musicale parfaitement huilée.
La tension devient franchement rock avec « La Frousse », puis « Amours », deux titres de Louise Attaque. Sur ce dernier, Roussel prend les commandes : « Vous êtes prêts à sauter ? Un, deux, trois, quatre ! »
Dans la fosse, les spectateurs s’exécutent sans se faire prier. Le chanteur, infatigable, joue avec cette communion qui ne cessera de grandir.Après avoir rappelé au public que cela faisait trois ans qu’ils ne s’étaient pas retrouvés, il propose une expérience singulière : « Ça fait trente minutes que l’on se connaît. Est-ce que tu me fais confiance ? Oui ? Alors ferme les yeux. » Une séquence électronique et atmosphérique introduit Je reste là, nouvel extrait de Marjolaine, bientôt prolongé par un solo de guitare électrique qui vient rompre la douceur de cette parenthèse.
Le concert prend ensuite une tonalité plus mélancolique avec « Crois-moi ! », extrait d’Éclect!que. « S’il te plaît, crois-moi, la vie file entre nos doigts ». Un refrain qui résonne comme une réflexion sur le temps qui passe. Avec « Mes prières », autre extrait du nouvel album, les paroles évoquant les conflits et les blessures apportent une gravité supplémentaire. Les mots défilent sur l’écran géant et le public se transforme en une immense chorale.
Dis-moi encore que tu m’aimes, extrait de Ginger, relance la machine. Puis arrivent deux monuments de Louise Attaque : Léa et Ton invitation. La ferveur atteint alors son paroxysme. Sur ce dernier titre, la guitare rugit et le chanteur quitte soudain la scène pour rejoindre la fosse.
Au milieu des spectateurs, il chante et reprend en boucle : « Tu sais, j’ai toujours raison, tu sais, j’ai pas toute ma raison… » Un refrain scandé comme un mantra par des milliers de voix.
Le chanteur ménage ensuite une parenthèse plus intimiste avec « Nos blessures » et « Les matins difficiles », interprétés au plus près du public. L’occasion de rappeler qu’au-delà de Louise Attaque et de sa carrière solo, Gaëtan Roussel est un auteur-compositeur capable de mettre sa plume au service d’autres interprètes. « Il y a », écrite pour Vanessa Paradis, apporte une respiration délicate. « Si je pouvais, je resterais avec vous tout le temps », glisse-t-il avec un large sourire au public avant de regagner la scène.
L’émotion se prolonge avec Résidents de la République, composé pour Alain Bashung, paru sur l’album Bleu pétrole. L’hommage à celui qui demeure une figure majeure de la chanson française prend une dimension particulière.
Sur l’écran géant apparaît un portrait dessiné du chanteur disparu, tandis que Gaëtan Roussel reprend cette chanson avec une retenue qui contraste avec l’énergie déployée jusque-là. Le répertoire de Louise Attaque retrouve ensuite ses droits avec Si l’on marchait jusqu’à demain, porté par son motif de guitare et de violon immédiatement identifiable.
Puis J’entends des voix, extrait de Trafic, entraîne les Docks dans un univers électro-rock hypnotique. Le chanteur tourne en rond sur le plateau, comme un fauve en cage, autour du caméraman dont les images sont retransmises en direct sur l’écran géant.
Une séquence visuelle et sonore particulièrement saisissante. Puis vient « Help Myself (Nous ne faisons que passer) ». Batterie sèche, riff entêtant, refrain imparable : les spectateurs chantent à l’unisson.
Pour l’occasion, tous les musiciens se retrouvent baguettes à la main autour d’un drum kit pour une impressionnante démonstration de percussions collectives. Un final de première partie particulièrement musclé.
22 h 22. Après une brève sortie de scène, Gaëtan Roussel revient pour les rappels. « Merci pour votre accueil, merci du fond du cœur ! » lance-t-il. Il reprend alors Je vous trouve un charme fou, chanson écrite pour Hoshi, dont la délicatesse offre un nouveau contraste avec les séquences rock précédentes.
Les deux autres extraits de Marjolaine prolongent cette fin de soirée. « Lovés » transforme la salle en ciel étoilé. Les milliers de téléphones portables s’allument dans la pénombre tandis qu’une superbe envolée de guitare aux accents flamenco, soutenue par la voix de la claviériste, apporte une touche inattendue.
Avec « Tout s’en va », mélancolique et élégant, le chanteur installe une dernière parenthèse suspendue autour de ces mots : « Dis-moi pourquoi… dis-moi pourquoi tout s’en va. » Mais pas question de quitter les Havrais sans un ultime cadeau.
Après avoir demandé au public de faire « un maximum de bruit pour notre équipe », Gaëtan Roussel lance le morceau que tout le monde attend : « J’t’emmène au vent ». Le classique de Louise Attaque fait chavirer les Docks une dernière fois. « On va vous prendre avec nous dans nos cœurs », promet-il avant de présenter ses musiciens et de remercier chaleureusement la salle.
Au Carré des Docks, Gaëtan Roussel a démontré que son répertoire ne se résume pas à une collection de succès passés. En faisant dialoguer Louise Attaque, ses compositions personnelles et les chansons écrites pour d’autres artistes, il a construit un spectacle haut en couleur, généreux et remarquablement vivant. La tournée Marjolaine se poursuit actuellement et s’achèvera en apothéose au Zénith de Paris, le 25 février 2027.
Jean-Christophe Mary





