L’Oeil de We Culte/Charles Chojnacki. À la Galerie Rastoll, à Paris, le photographe belge –Charles Chojnacki – présente jusqu’au 25 avril 2026 Géométries variables, une série photographique aussi rigoureuse que troublante. Un travail qui, sous ses apparences minimalistes, déploie une véritable puissance narrative et s’impose, sans forcer, comme un coup de cœur.
Charles Chojnacki dépasse largement la photographie d’architecture. Ses images invitent à voir autrement, à prêter attention à ce qui échappe au premier regard, à laisser une place à l’imaginaire.

Une précision presque irréelle
Au premier regard, les images impressionnent par leur maîtrise.
Escaliers tranchants, courbes immaculées, ombres nettes, surfaces lisses : tout semble parfaitement en place, presque trop. L’œil circule dans ces compositions avec la sensation d’entrer dans un espace contrôlé, où chaque ligne répond à une autre.
Mais cette rigueur n’a rien de froid. Elle installe au contraire une tension, comme si quelque chose pouvait ou devait venir la troubler.
Et soudain, quelqu’un
Ce « quelque chose », c’est l’humain. Chez Chojnacki, il est toujours là. Parfois minuscule, parfois réduit à une silhouette ou à une ombre, mais jamais anecdotique. Il ne sert pas seulement d’échelle : il active l’image.
Comme il l’explique lui-même : « Je n’envisage jamais de photos sans personnage […] cette forme humaine est le début d’une histoire. »
Tout bascule à partir de là.
Une trajectoire devient une scène.
Une marche devient une attente.
Un passage devient une fiction possible.
Des images qui racontent sans rien dire
C’est là que Géométries variables frappe le plus juste. Ces photographies ne racontent rien explicitement. Elles suggèrent, elles ouvrent, elles laissent au regardeur la liberté (rare) de projeter.

L’artiste revendique d’ailleurs cette approche sensible : « J’aime à penser que je raconte des histoires ou que je les suscite. »
On croit voir des compositions presque abstraites. Mais il y a toujours un corps, une trace, un indice qui empêche l’image de se refermer sur elle-même. Et c’est dans ce frottement entre ordre et présence que naît le récit.
Une géométrie vivante
Le titre de la série prend alors tout son sens. Ici, la géométrie n’est jamais figée. Elle varie avec la lumière, avec le point de vue – mais surtout avec celui qui la traverse.
Chaque apparition reconfigure l’espace.
Chaque silhouette en déplace la lecture.
Comme si l’architecture, pourtant immobile, devenait un terrain mouvant.

Regarder autrement la ville
Ce que propose Charles Chojnacki dépasse largement la photographie d’architecture.
Ses images invitent à voir autrement, à prêter attention à ce qui échappe au premier regard, à laisser une place à l’imaginaire. Elles obligent à ralentir, à observer, à accepter de ne pas tout saisir immédiatement.
Et c’est sans doute là leur plus grande réussite.
Un coup de cœur qui s’impose sans bruit
Sans narration imposée, Géométries variables installe quelque chose de rare : une relation active avec le spectateur. On ne regarde pas seulement ces images. On y entre. Et on en ressort avec l’impression d’avoir vu – ou imaginé – un peu plus que ce qui était montré.
Ouisa Rahab
Infos pratiques :
Géométries variables, Charles Chojnacki
Galerie Rastoll, 16 rue Sainte Anastase, Paris 3e. Du 1er au 25 avril 2026





