Sortie cinéma. Une femme DJ débarque aux Canaries pour mixer dans une boîte de nuit, accompagnée de sa meilleure amie. Mais celle-ci disparaît, et elle va la chercher partout: la retrouvera-t-elle, morte ou vivante? Le nouveau film de Guillaume Nicloux, MI AMOR (mercredi 6 mai sur les écrans) ne brille pas par l’originalité de son scénario –mais vaut par son atmosphère oppressante et son suspense envoûtant.
MI AMOR : un thriller atypique, avec son ambiance cauchemardesque et étouffante que créent la musique omniprésente, les couleurs et la luminosité et surtout les paysages de l’île de Gran Canaria
Romy et sa copine Chloé (Pom Klementieff et Freya Mavor) viennent passer quelques jours aux Canaries: la première est DJ professionnelle et vient pour mixer lors d’une soirée techno, la seconde pour passer quelques jours de vacances avec elle. Elles se connaissent depuis cinq ans.
Chloé a disparu
Romy mixe dans la boîte de nuit qui l’a engagée, mais au petit matin Chloé a disparu: elle n’est pas rentrée dans leur chambre d’hôtel commune, n’a laissé aucun message ni aucune trace, n’a été remarquée par personne.
Alors que la police locale se montre peu coopérative, Romy, désemparée et inquiète, va tenter de mener son enquête. Et, pour cela, va solliciter l’aide du patron de la boîte de nuit, Vincent (Benoît Magimel). Tous deux se lancent à la recherche d’indices, de témoignages, de traces…
Filmographie éclectique
« Mes films sont hantés par les personnes disparues, l’héroïne de MI AMOR est sans doute l’une de mes protagonistes la plus malmenée par la perte d’un être cher », dit Guillaume Nicloux, à la filmographie très éclectique, voire décousue: aucun de ses films ne ressemble aux autres, des thrillers de ses débuts (UNE AFFAIRE PRIVÉE, CETTE FEMME-LÀ, LE CONCILE DE PIERRE), à son récent biopic SARAH BERNHARDT, LA DIVINE (2024) en passant par des comédies populaires (Holiday, La Petite) ou des films plus déroutants (LA RELIGIEUSE, VALLEY OF LOVE, Dans la peau de Blanche Houellebecq).
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MI AMOR est lui aussi atypique, avec son ambiance cauchemardesque et étouffante que créent la musique (omniprésente, pas seulement lors du concert), les couleurs et la luminosité (« Nous avons supprimé plusieurs couleurs afin de n’en conserver que certaines », explique le réalisateur) et surtout les paysages de cette île de Gran Canaria où se déroule l’histoire.
Gran Canaria, terre de contrastes
C’est une île que Guillaume Nicloux décrit comme pleine de contrastes: « Tourisme concentré et désertification, mer et montagne, soleil et vent, forêt de pins et roche volcanique. Il suffit d’une heure d’autoroute pour passer du Nord au Sud mais si l’on veut bien s’égarer dans les terres, alors un autre monde s’ouvre à nous. Plus tortueux et étrange, empreint de traditions et de mystère ».
Après un début de film qui traîne en longueur, histoire d’installer cette atmosphère de tension, le suspense s’étire en se nourrissant de rebondissements, fausses pistes, filatures, lieux insolites ou inquiétants, personnages secondaires énigmatiques: l’ex de Chloé qui la harcèle au téléphone (avant sa disparition), Romy qui se fait voler son sac et ses papiers sur la plage, quelques mafieux locaux qui réclament de l’argent à Vincent, sa collaboratrice un peu bizarre, une touriste allemande un peu mystérieuse et son ami à dreadlocks, les responsables d’un zoo de crocodiles et de serpents (inspiré d’un vrai), une boîte de nuit inquiétante, une chèvre morte, un mini-autel avec bougies entre deux parois rocheuses, l’existence supposée de sectes sur l’île…
Fin gore
Après quelques touches de surnaturel, de fantastique et de spiritualité, la fin gore et violente (parfois à la limite du ridicule), avant un épilogue plus apaisé –et une ultime image qui laisse perplexe– achèvent de faire de ce MI AMOR un film singulier et original, à défaut d’être un grand et beau film.
Dans un personnage de Romy courageuse, désorientée mais décidée et énergique, forte et faible à la fois, Pom Klementieff (qui a un petit air de Marine Le Pen jeune) fait son retour dans le cinéma français après une belle carrière à Hollywood depuis 2013: deux GARDIENS DE LA GALAXIE, deux AVENGERS et deux MISSION: IMPOSSIBLE (dans le rôle de la tueuse Paris, qui traque Tom Cruise avant de s’associer à lui).
À ses côtés l’immense Benoît Magimel (qui n’a aucune ressemblance avec Jean-Luc Mélenchon) est comme toujours parfait, presque sous-exploité, dans son rôle de patron de boîte de nuit ambigu et mystérieux, complexe, lunettes de soleil et chemisettes à fleurs, au passé louche qui l’a conduit en prison pour quelques affaires d’import-export de « la matière première », dit-il. « Tu as déjà tué quelqu’un? », lui demande Romy à un moment…
Jean-Michel Comte
LA PHRASE : « Je suis détendue. Mon corps est relaxé. Je me sens bien » (ce que se répète Romy tous les soirs pour s’endormir, après avoir pris un somnifère).
- Mi Amor (France, 1h53) Réalisation: Guillaume Nicloux. Avec Pom Klementieff, Benoît Magimel, Freya Mavor (Sortie 6 mai 2026)

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