« Garance » : Adèle Exarchopoulos, bouleversante face à l’addiction

garance
Garance (Adèle Exarchopoulos) est une comédienne alcoolique qui essaye de s'en sortir (©Trésor Films/Chi-Fou-Mi Productions/StudioCanal/France-3 Cinéma/Artémis Productions).

Sortie cinéma/Garance. Un verre, ça va. Deux litres d’alcool par jour, bonjour les dégâts. Dans son quatrième film GARANCE (ce mercredi 23 septembre sur les écrans), présenté en compétition au dernier Festival de Cannes, Jeanne Herry raconte sur huit ans le parcours d’une jeune actrice alcoolique qui essaye de se sortir de son addiction.

Garance : Adèle Exarchopoulos, omniprésente, trouve ici l’un des rôles les plus forts de sa jeune carrière

Garance (Adèle Exarchopoulos) fait partie d’une petite troupe de théâtre, multiplie les petits boulots dans le milieu du spectacle et du cinéma (doublages, pièces pour enfants, seconds rôles, à l’occasion accessoiriste ou habilleuse). Elle a des amis, aime la compagnie des autres, fait souvent la fête, est dynamique et joyeuse, plutôt optimiste.

Mauvaise pente

Mais elle boit. Régulièrement, tous les jours, beaucoup. Pour oublier ses peurs, la difficulté du métier, les difficultés de la vie. Elle est dans le déni, sa vitalité prend toujours le dessus, elle voit souvent sa famille, elle ne se rend pas compte qu’elle est sur une mauvaise pente.

Un jour, finalement, ses amis de la troupe de théâtre lui en parlent ouvertement, et lui conseillent de se faire soigner. « Garance, on a besoin de prendre de la distance avec toi », lui dit son metteur-en-scène. Elle perd son travail, après avoir perdu son petit ami, et peu à peu les galères vont s’accumuler.

Addictologue

Alors elle se décide à aller voir une addictologue (l’épatante Hélène Alexandridis), qui lui explique qu’à ce rythme elle ne fera pas de vieux os. Et surtout elle rencontre Pauline (Sara Giraudeau), une scénographe douce, patiente, attentionnée, solitaire, à l’opposé de ses amis habituels.

Une relation intime se construit entre les deux femmes. Cela permettra-t-il à Garance d’abandonner l’alcool, ce boulet qu’elle traîne à la patte depuis toutes ces années, pour profiter pleinement de la vie, pour laisser l’amour remplacer la destruction? Malgré sa volonté, ce n’est pas gagné d’avance…

Quatrième film

« Cela fait longtemps que les addictions m’intéressent et m’inquiètent, en particulier celle à l’alcool, car elle est très répandue. J’ai pu observer autour de moi toutes sortes de consommations, dont les plus excessives me font peur, on en connaît les dangers… », explique Jeanne Herry, 48 ans, fille de Miou-Miou et de Julien Clerc, dont c’est le quatrième long-métrage pour le cinéma après ELLE L’ADORE (2014), PUPILLE (2018) et le formidable JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES (2023).



Comme dans PUPILLE dans lequel elle évoquait l’accouchement sous X, l’adoption, l’aide sociale à l’enfance, et comme dans JE VERRAI TOUJOURS VOS VISAGES où elle expliquait le fonctionnement de la « justice restaurative », qui consiste à faire dialoguer victimes et auteurs d’infractions, dans GARANCE elle traite d’un sujet grave et de situations difficiles mais laisse la porte ouverte à l’optimisme, à l’espoir, à la perspective d’un avenir meilleur.

Douceur

C’est donc un film où la douceur l’emporte sur la dureté, la lenteur sur le rythme (l’histoire porte sur huit ans): « J’ai beaucoup de mal à travailler des personnages antagonistes », dit la réalisatrice. « Si l’adversité et les façons de la surmonter me bouleversent, la méchanceté ou la bêtise –qui existent évidemment– me semblent moins intéressants à traiter. Je n’entretiens aucune fascination pour les mauvais sentiments, auxquels on prête censément plus de profondeur. Les bons sentiments sont tout aussi intéressants, mais plus difficiles à raconter de manière vivante ».

Des digressions (la sœur de Garance, enceinte, est atteinte d’une leucémie), des passages un peu trop marqués par l’entre-soi ou l’air du temps (les soirées entres jeunes, le milieu artistique, les amours homosexuelles), quelques moments qui donnent envie de se désintéresser du sort de cette jeune actrice font perdre de sa force au film.

Alcoolisme au féminin

Mais c’est filmé avec pudeur, cet alcoolisme au féminin est peu spectaculaire: certes Garance a l’œil parfois un peu trop brillant et le verbe un peu trop abondant, titube dans l’escalier et s’endort dans le bus jusqu’au terminus ou dans sa baignoire, mais ici pas de scène d’ébriété, pas de vomi, pas de violence verbale, pas de drames.

Jeanne Herry décrit un alcoolisme quotidien, régulier, profond, destructeur au long cours, comme certains films français ont parfois réussi à le faire avec finesse –on pense à LA FACE CACHÉE (2007), le seul film réalisé en solo par Bernard Campan, avec Karin Viard.

Et, bien sûr, Adèle Exarchopoulos, omniprésente, trouve ici l’un des rôles les plus forts de sa jeune carrière. « Avec ce personnage, Jeanne, qui assume tellement d’aimer cette banalité du bien, m’a permis d’explorer en profondeur des sentiments nobles. J’en suis ressortie enrichie et grandie », dit-elle. « On s’était dit avant ce tournage de soixante jours que nous avions une montagne à gravir ensemble. En tant qu’actrice, cela m’a prouvé une fois encore que la collaboration avec des gens bien intentionnés ne pouvait que nous rendre meilleurs et nous élever ».

Jean-Michel Comte

LA PHRASE : « L’alcool, c’est une béquille le soir, et c’est un coup de poing dans la tête le lendemain matin » (le médecin-chef de l’hôpital que Garance va consulter).

  • Garance (France, 2h00). Réalisation: Jeanne Herry. Avec Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Sarajeanne Drillaud (Sortie 23 septembre 2026)

cinégong logo
  • Retrouvez cette chronique ainsi que l’ensemble des sorties cinéma de Jean-Michel Comte sur le site Cinégong

TAGS

Image de Jean-Michel Comte

Jean-Michel Comte