Exposition/ Renoir à Orsay. Pendant ses vingt premières années de travail, Pierre–Auguste Renoir fut le peintre d’une vie heureuse, vibrante, lumineuse. Des bals populaires aux guinguettes animées, peuplées de jeunes gens en chemise et canotier, sa peinture a longtemps enfermé l’artiste dans l’image d’un bonheur facile, presque décoratif, qui l’a marginalisé aux yeux de certains. Pourtant, Renoir proposait une vision très personnelle — et profondément moderne — de son époque.
NOTRE AVIS *** Avec « Renoir et l’amour – la modernité heureuse (1865-1885) », le Musée d’Orsay à Paris nous invite à regarder le peintre autrement. Non plus comme le peintre aimable des dimanches ensoleillés, mais comme un observateur aigu de son temps, qui a compris avant beaucoup d’autres que la modernité ne se trouvait pas seulement dans les gares, les boulevards ou les machines, mais dans les relations humaines, le plaisir d’être ensemble, l’intimité partagée en plein air. Il capte cette part de légèreté que chacun recherche encore aujourd’hui.
Renoir à Orsay : Avec ces vingt premières années consacrées à peindre le bonheur, l’artiste apparaît plus que jamais comme un peintre étonnamment contemporain.
Le célèbre Bal du moulin de la Galette (1876) célèbre ses 150 ans. À cette occasion, le Musée d’Orsay présente, pour la première fois avec une telle ampleur, les scènes de la vie moderne réalisées parPierre-Auguste Renoir entre 1865 et 1885, soit les vingt années fondatrices de sa carrière.
Aux côtés de Gustave Caillebotte, Edgar Degas, Édouard Manet, Claude Monet et Berthe Morisot, Renoir participe à l’invention d’une peinture nouvelle. Mais là où ses contemporains observent la modernité, Renoir la met en scène avec une attention particulière portée à ses modèles : autour d’un repas, d’un bal, d’une conversation animée dans un café.
Admirateur des maîtres du XVIIIᵉ siècle comme François Boucher, Jean-Honoré Fragonard et Antoine Watteau, il s’inspire de leurs fêtes galantes pour les transposer dans son présent. Sur ses grands formats, les couples se rapprochent, les groupes d’amis s’amusent, baignés dans une convivialité heureuse.
Une vision presque audacieuse sous le Second Empire et aux débuts de la IIIᵉ République, à une époque dominée par les règles bourgeoises, la religion et le labeur quotidien, qui poussaient à s’étourdir lors des repas ou des bals.
La dernière rétrospective Renoir à Paris remontait à 1985. Aujourd’hui, avec une cinquantaine d’œuvres réunies grâce aux prêts de la National Gallery, du Museum of Fine Arts et de la The Phillips Collection, Orsay permet non seulement d’admirer Renoir, mais surtout de mieux comprendre un artiste parfois mal interprété.
Le Déjeuner des canotiers (1880-1881) en est l’illustration parfaite. La scène pourrait être photographiée aujourd’hui, sur la terrasse d’un café baigné de soleil. Hommes et femmes y partagent la même lumière, la même insouciance. Il fait chaud. On discute, on sourit, on profite simplement d’être ensemble, en plein air. Renoir a fixé sur sa toile ce qui, hier comme aujourd’hui, rend heureux : la présence des autres, la douceur d’un moment partagé.
Avec ces vingt premières années consacrées à peindre le bonheur, Renoir apparaît plus que jamais comme un peintre étonnamment contemporain. Le peintre de notre époque.
Jane Hoffmann
- Exposition : « Renoir et l’amour – la modernité heureuse (1865-1885) ». Musée d’Orsay – Paris – jusqu’au 17 juillet 2026





