colette magny pour son double album et son anthologie

Figure de la chanson contestataire des années 1970 et pasionaria du blues, Colette Magny, l’auteure du tube Melocoton disparue en 1997, fait l’objet d’une superbe réédition de son œuvre, qui remet en lumière la poésie et l’engagement de cette artiste hors norme.

Colère contre l’exploitation des plus démunis, colère contre les injustices, colère contre le système capitaliste… Colette Magny n’aura eu de cesse de se battre contre toutes les formes d’oppression. Figure de la chanson contestataire des années 1970, elle s’insurgeait contre tous les pouvoirs : «Elle avait tant donné en chantant, en écrivant, que ses chants devenaient des éclairs dans des ciels d’orage» dira Catherine Ribeiro au moment de sa disparition le 12 juin 1997 à Villefranche-de-Rouergue (Aveyron) à l’âge de 70 ans.

Pasionaria de toutes les causes et mama du blues, elle a marqué le paysage de la chanson grâce à une œuvre sans équivalent. Au moment où l’on célèbre le 50ème anniversaire de Mai 68, il faut réécouter Colette Magny dont un double album «A cœur et à  cris» (chez Sony music/Legacy) vient de paraître ainsi qu’une anthologie (1958-1997) de 10 cd regroupant l’ensemble des chansons écrites par elle ou qu’elle a interprétées. Soit près de 200 titres en comptant les poèmes qu’elle a mis en musique d’artistes comme Rilke, Victor Hugo, Aragon, Rimbaud, Tristan Zara, Violetta Parra ou Victor Jara.

 

Née à Paris en 1926, elle fut secrétaire bilingue à l’OCDE. Arrivée à la chanson sur le tard à l’âge de 36 ans, elle se lança dans la musique en reprenant des classiques du blues de chanteuses comme Bessie Smith ou Billie Holiday. Elle se fera remarquer grâce à son timbre de «chanteuse noire américaine», en chantant dès 1958 dans l’orchestre du trompettiste de jazz Gilles Thibault, son beau-frère : « L’amour du jazz vient de cette rencontre. Dans le blues, elle avait trouvé le côté révolte et protest song confie sa nièce Périne Magny à l’origine avec ses frères Benoît et Grégoire de l’idée de réédition de l’œuvre intégrale de Colette Magny : «Fidèle à ses convictions et à ses engagements, Colette a par testament donné toute son œuvre à Sidaction et son mobilier à Emmaüs. On s’est rendu compte en travaillant sur le projet qu’il y avait une exploitation erratique de ses chansons. Pour nous, c’est une manière de préservation de son répertoire avec ce  double album et cette anthologie qui respecte intégralement son œuvre».

Colette Magny a commencé par se produire dans de petites salles parisiennes avant de triompher à l’Olympia avec Melocoton, qui deviendra son plus grand succès enregistré chez la maison CBS. En pleine ère yéyé, sa voix mais aussi son physique de femme forte en imposent sur scène. Physique, dont elle écrira dans Blues ras la trompe «Je suis un tout petit pachyderme de sexe féminin, j’en ai gros sur le cœur». Chanteuse, activiste, militante, pacifiste, féministe… elle était de  tous les combats contre les inégalités. Elle a chanté à la Maison de la Mutualité, à la Fête de l’Huma, dans les usines en grève comme dans les facs et les villages perdus. Elle voulait que son chant irrigue le territoire et les consciences. Artiste engagée, au-delà de la reconnaissance publique, ce qui l’intéressait c’était de raconter le quotidien des gens simples, des travailleurs en luttes, des opprimés. Un registre hors du commun sans compromis, dont les thèmes témoins de leur temps, restent d’une grande actualité.

On y trouve la guerre et les enfants («l’écolier soldat»), l’espoir de «Mai 68 », les violences policières («Répression»), le Vietnam, le Chili, les Chantiers de Saint-Nazaire, les mineurs («Chronique du nord »), les migrants («Exil »). Indignée, révoltée, Colette Magny était une femme libre, une insoumise avant l’heure ! «C’était une femme sauvage et habitée raconte Périne Magny, qui défend la veuve et l’orphelin en s’opposant à l’oppression ». Ne supportant pas les carcans, elle claque la porte de la major CBS pour Le Chant du Monde, maison de disques proche des communistes où elle laissera libre cours à ses expérimentations musicales. Textes-collages, chansons-parlées, free-jazz, elle fait feu de toutes les formes artistiques, enregistrant «Le Mal de vivre», «Bura Bura», «Vietnam 67», «Viva Cuba» où l‘on remarque plusieurs pochettes dessinées par Ernerst Pignon-Ernest qu’elle rencontra chez Benedetto. Des chansons teintées de poésie et d’emportements qui lui valent d’être censurée par les médias qui craignent ses discours et ses engagements politiques : «elle a été hyper censurée souligne Périne Magny, mais elle l’a un peu cherché. Elle était provocatrice. Elle faisait peur avec cette espèce de puissance, sa voix, son rire, ses coups de coups de gueule».

Il y a tout chez Magny. Des textes poétiques ou sociaux, le rapport à la nature, la spiritualité, la recherche d’une forme musicale qui conteste les contours classique de la chanson : «son univers est beaucoup plus vaste que le côté rebelle dans lequel elle s’est trouvée  cantonnée». Une artiste et une femme à «la colère géante» comme elle écrit dans «Rap’toi d’la que je m’y mette» et dont la poésie est aujourd’hui reconnue par les jeunes générations d’artistes. A l’image d’Orelsan, qui a samplé «J’ai suivi beaucoup de chemins» dans son morceau «Mes grands parents» ou encore du rappeur Rocé qui considère l’album «Répression» de Colette Magny comme une valeur cardinale de sa discothèque.

Double album A coeur et à cris et Anthologie de 10 cd (1958-1997) chez Legaçy/Sony Music.

 

 

 

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